CHAPITRE
écarta et chassa du champ de bataille. La cavalerie de cette aile était nombreuse; ses retours agressifs échouèrent d'abord sur les baïonnettes du iome léger; puis, chargée à son tour et défaite par les escadrons de Soult, elle se rebuta.
Ce premier et double effort fut décisif. Soult avait séparé d'Hohenloe son aile gauche; Suchet avait laissé derrière lui le champ libre à, nos colonnes. Déjà tous deux établissaient notre ligne de bataille, la droite en ayant; ce qui forçait Hohenloe à combattre hors de sa retraite naturelle 4 Le bruit du canon avait réveillé ce général dans son quartier singulièrement excentrique de Rapellendorf. Il ne s'en était pas ému d'abord, ne croyant de ce côté qu'à des tirailleries, et n'attendant l'ennemi qu'à sa droite , quand nous avions déjà renversé sa gauche. Les deux chefs opposés étaient sous l'empire d'illusions bien différentes : Napoléon croyant s'attaquer à l'armée entière de Frédéric, et Hohenloe, n'avoir à repousser qu'une attaque d'avant-postes!
Celui-ci, malgré les premiers bruits du combat et des avis réitérés, se refusait à croire à une bataille. Il ne s'occupait qu'à expédier à son Souverain la proposition de paix de l'Empereur. Son obstination dans le repos, auquel il avait consacré cette journée, persista jusque vers, neuf heures. Alors enfin , arraché à son erreur et commandé par notre agression , il se hâta d'abandonner aux Saxons la défense de sa droite; de rappeler, contre notre flanc droit, son aile gauche qui ne pouvait plus l'entendre ; d'inviter Ruchel et son corps, alors à Weimar, à venir prendre part à
une victoire dont il semblait ne point douter; et enfin d'accourir lui-même , avec son centre, se heurter à Heiligen contre notre attaque. Il en eut le temps, parce que l'Empereur, supposant toujours le Roi devant lui, attendit deux heures l'arrivée de ses renforts. Mais Ney, en accourant trop impétueusement, et trop peu suivi sur Heiligen , précipita tout !
Ce fut là que se fit le plus grand effort. Il fut vif et court; il n'eut d'autre moment d'incertitude que celui où le premier emportement de Ney fut repoussé, à plusieurs reprises, du village disputé, et le temps qu'il fallut à la cavalerie de Durosnel et à la gauche du maréchal Lannes pour l'appuyer. Si la bataille , commencée vers six heures , en dura dix , c'est que le premier tiers de ce temps se perdit dans le brouillard ; le second suffit d'abord aux défaites de l'avantgarde et de l'aile gauche, puis, après l'arrivée de nos renforts, à celle du centre. Dkns les trois dernières heures, enfin, on acheva Hohenloe, on vainquit le corps de Ruchel d'environ quinze mille hommes, qui vinrent, en arrière du centre vaincu, le remplacer, et se faire détruire à leur tour; après quoi l'aile droite saxonne, abandonnée et enveloppée, mit bas les armes.
Ce fut une victoire successive contre un ennemi surpris, qui, se battant sans ensemble, fut d'abord coupé de sa gauche, et dont tout le reste, de plus en plus débordé du côté de cette gauche, se trouva tourné en même temps que vaincu en face. Les forces y furent égales. Les nôtres y eussent été presque doubles, sans l'espace et l'encombrement des défilés, que, en arrière de nous, nos colotines avaient à franchir pour