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CHAPITRE XI

Mais, dès son premier pas au delà de l'Aile, il se laissa arrêter, il perdit le temps dont s'empara notre Empereur; et, surpris lui-même, il reçut la bataille qu'il voulait donner.

Quelques heures suffirent à Napoléon pour accourir, pour rallier ses corps , et pour repousser, acculer et jeter dans l'Aile toute l'armée russe , dans un coude que forme cette rivière, et dont te fond est marqué par Friedland.

Dans cette journée du i4 juin les deux tiers de l'armée française, Lannes en tête , arrivaient sur Posthenen et Heinrischdorf, par les routes de Domnau et de Kœnigsberg à Friedland , en face de ce célèbre repli de l'Aile, devenu si funeste à Beningsen. On apercevait à droite un ruisseau sortant du village de Postlienen, courant sur Friedland, et que termine un long étang. Ce cours d'eau et cet étang séparent, en deux parties inégales, le fond du repli où se trouve Friedland. Cette ville est resserrée entre l'élang et l'Aile dans la partie droite et la plus étroite du coude très-brusque de ce côté que dessine la rivière. L'autre côté du repli est plus évasé.

Tels sont les lieux. Quant à la bataille , elle se partagea en deux actions : la première, que soutint seul le maréchal Lannes, en débouchant au point du jour de Posthenen et en s' étendant jusqu'à Heinrischdorf, avec dix à onze mille hommes contre les efforts indécis de toute l'armée de Beningsen, dura depuis trois heures du matin jusque vers midi. Lannes s'aida si habilement d'un terrain coupé et couvert, et multiplia si audacieusement son faible corps, peu à peu soutenu

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par la cavalerie de Grouchy , de Nansouty et par les divisions de Mortier,' qu'il maintint victorieusement le combat jusqu'à l'arrivée de l'Empereur.

C'est de Domnau que Napoléon en entendit au loin les premiers coups, et qu'il s'écria : « Ceci nous pré- « sage une bataille ! Tant mieux , c'est un jour de « bonheur, c'est l'anniversaire de Matfengo! » Aussitôt, précipitant sa marche et précédant Ney, sa Garde, et le corps de Bernadotte, devenu celui de Victor depuis la blessure de ce maréchal , il accourut. Il était onze heures, au moins , lorsqu'il arriva à Posthenen. Ce fut du haut d'un tertre , en avant de ce village, que , ayant jugé d'un coup d'œil la position , il se décida. Murât , Soult et Davout , le tiers de son armée engagé vers Kœnigsberg , lui manquaient alors ; mais l'occasion lui parut si belle qu'aussitôt, et en peu de mots rapidement dictés du sommet de ce mamelon , il traça l'ordre de la bataille.

Il avait vu que l'armée russe couvrait l'ouverture du repli de l'Aile ; qu'elle n'avait de retraite qu'en arrière de Bagration et de son aile gauche , par le pont de Friedland , 1 1 par deux autres ponts jetés de ce même côté ; qu'ainsi le sort du centre et de l'aile droite de cette armée dépendait entièrement de celui de cette aile gauche ; que , celle-ci écrasée et ses ponts enlevés , dès lors les deux autres parties de l'armée russe , sans retraite, tomberaient à sa merci.

Il avait donc jugé qu'à notre gauche, à Heinrischdorf et à la gauche de ce village où était Mortier, il ne s'agissait que d'attirer, et de retenir par une résistance molle et même flexible , l'attention de Gortclia-

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