CHAPITRE XI. 18t
koff; qu'au centre, entre Heinrischdorf et Posthenen , où il plaça Lan nés, et dans un même but, des simulacres d'attaque et un grand bruit d'artillerie suffiraient d'abord ; mais que, en même temps , c'était devant notre droite qu'il fallait frapper un coup de foudre. C'est pourquoi il venait de s'arrêter, avec sa Garde en réserve et le général Victor, à Posthenen, à l'appui de l'impétueux maréchal Ney.
C'était là notre aile droite. Pendant que, devant notre centre et notre gauche, Gortchakoff, avec la droite et le centre ennemis , serait amorcé et contenu, Ney, suivi de Victor, et flanqué à droite par notre cavalerie , devait se précipiter, tête baissée, contre l'aile gauche russe et Bagration. L'instruction donnée à Ney fut de la culbuter dans le fond du repli de l'Aile, entre cette rivière et l'étang, dans cette longue impasse, dans ce coupe-gorge, dont le fond est marqué par Friedland , qu'il s'agissait d'atteindre et d'enlever violemment par ce grand effort.
Dès lors, les ponts étant saisis, Lan nés, Mortier et notre cavalerie, passant de la défensive à l'offensive, aborderaient le reste de l'armée russe : ils rejetteraient à son tour Gortchakoff , dans ce même fond du repli de l'Aile, sur Ney et Victor maîtres de Friedland, où ces Russes, chargés, foudroyés en avant, en arrière et de toutes parts, devaient infailliblement succomber.
Telle fut la bataille de Friedland. L'exécution répondit identiquement à la conception. Jamais plan de bataille ne fut aussi rapidement conçu, aussi nettement tracé , aussi ponctuellement et impétueusement exécuté !
Ainsi, au combat du matin, soutenu par Lannes et qui se ralentit pendant plusieurs heures dans le milieu de la journée , succéda la grande bataille. Celle-ci ne commença que vers quatre heures de l'après-midi ; elle dura jusqu'à neuf heures du soir. Il y avait eu quatre heures d'apprêts, Beningsen hésitant et comme interdit , et Napoléon attendant son artillerie , ses parcs et ses réserves; cinq heures suffirent à l'exécution. Toute la prévision de l'Empereur s'accomplit : vingt-cinq mille Russes tués, blessés ou prisonniers, demeurèrent sur le champ de bataille; une grande partie du reste, infanterie , cavalerie , l'artillerie elle-même tout attelée , se précipita dans la rivière où beaucoup périrent : ils préférèrent s'y noyer à se rendre , car tels sont les Russes! Dans le désordre de notre victoire , un faible corps de leur infanterie et quelque cavalerie s'enfuirent inaperçus, par leur aile droite. Admirable campagne de dix jours, à la faute d'Heilsberg près, glorieusement commencée et victorieusement terminée par deux efforts du maréchal Ney: à Guttstadt, par une difficile, habile et vigoureuse retraite; et à Friedland, par l'attaque la plus intrépide et impétueuse qu'il soit possible d'imaginer !