‹ Histoire et mémoiresChapitre 105 sur 266 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

heures , où la politique habile et l'éloquence séductrice de Napoléon , aussi irrésistible que ses armes , achevèrent ce que sa victoire et l'irritation d'Alexandre contre l'égoïsme sans pudeur de l'Angleterre avaient commencé.

Le dépit de ce Prince vaincu s'était tourné contre cette Puissance ; soit qu'il lui fallût un motif avouable pour rompre une alliance devenue désastreuse , ou , comme tant d'autres, qu'il se sentit soulagé, dans un si grand revers, de pouvoir s'en prendre à un autre qu'à lui-même. Le Cabinet britannique, en effet, après avoir, en i8o5, brusqué la guerre continentale et perdu l'Autriche pour se préserver d'une descente , venait de manquer à ses promesses de concours dans la coalition de 1806, par lui excitée encore. Exclusivement occupé de l'extension de son monopole , au lieu de tenter un coup décisif sur nos derrières , c'était dans la Méditerranée, en Egypte, et aux Antilles qu'il avait dirigé ses plus grands efforts. Sa coopération directe en Allemagne, tardive et trop faible, après avoir rebuté le Roi de Suède, n'eut d'autre résultat que de lui faire .reprendre les armes intempestivement. Elle ne commença que le 2 1 juin, quand ses coalisés étaient vaincus, et le jour même de la signature de l'armistice. Cette vaine coopération fut ou ignorée, ou méprisée sur le Niémen. Il y eut le 26 une seconde entrevue des deux Empereurs; puis, quatorze jours d'épanchements d'amitié et de la meilleure intelligence au milieu de Tilsitt neutralisée jusqu'au 9 juillet, jour où la paix fut signée entre Napoléon et Alexandre. Frédéric et l'infortunée Reine de Prusse en furent

témoins. Napoléon se montra prodigue envers leur infortune de formes nobles et généreuses, mais le fond n'y répondit pas. Son ascendant sur l'Empereur Russe fut si complet , que , l'ayant décidé à traiter séparément , il l'entraîna à souscrire à la perte de la moitié du Royaume de son allié , et même à recevoir une part de sa dépouille !

Alexandre consentit à la mutilation de la Prusse jusqu'à l'Elbe; a l'affranchissement de Dantzick, à la cession au Roi de Saxe, de la Lusace et de la Prusse polonaise érigée en Grand-Duché. Il reconnut la Confédération du Rhin , accrue de tous les Rois créés par notre Empereur et de la formation d'un Royaume de Westphalie pour son dernier frère. Il souscrivit à notre occupation de Dantzick et des ports de l'Oldenbourg et du Mecklembourg jusqu'à la paix maritime; et, plus secrètement alors , au Système Continental.

Il est certain que, dans cette célèbre entrevue, il fut question du partage de la Turquie Européenne, Constantinople et la Roumélie exceptées, et l'Autriche devant se contenter de la Bosnie et de la Servie. Le temps, qui découvre autant qu'il ensevelit , prouvera encore que dès lors, mais dans des suppositions à venir, la Péninsule Ibérienne fut vaguement laissée à la discrétion de Napoléon, comme la Turquie jusqu'aux Balkans et la Finlande suédoise, à Alexandre. Quant au moment présent , on s'y concéda réciproquement : d'une part l'occupation prolongée de la Prusse, et de l'autre* celle de la Moldavie et de la Valachie; on convint que la paix serait offerte, de concert, à la Porte, à l'Angleterre et à ses alliés, et, dans le cas d'un refus,

Page 1