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CHAPITRE XII

qu'Alexandre forcerait la Suède et le Danemark, et Napoléon le reste de l'Europe à entrer dans le Système Continental.

On ne voit point d'autre cause à ce revirement si complet de la politique d'Alexandre, que l'appât de ces agrandissements, son dépit contre l'Angleterre, son admiration pour le génie de Bonaparte et les séductions de l'entretien de ce grand homme. Ils se sacrifièrent mutuellement leurs alliés : l'un, une part de la Turquie et quelques villes de la Pologne; l'autre, la Prusse , la Suède et l'Angleterre. Leur excuse fut : pour celui-ci , sa défaite, l'irrésolution de l'Autriche, l'armistice de Stralsund, et l'égoïsme de Londres; pour l'autre, quant à la Turquie, la révolution du ier juin , où Sélim, son allié et son ami, fut déposé; et pour la Pologne , qu'il constitua en Grand-Duché, l'impossibilité de faire plus qu'il ne fit alors pour elle.

Le traité conclu le surlendemain avec la Prusse ne fut que la ratification de celui de Napoléon avec Alexandre. L'évacuation de ce Royaume mutilé y fut ajourné de deux mois seulement , mais à des conditions si inexécutables , que son occupation par nos troupes en dura quatorze. Alors même, sur cinq cent quatorze millions de contributions de guerre, quarante millions étaient dus encore.

Quant à la Suède, son Roi paya bientôt, de la Finlande, de la Poméranie, de Stralsund et des lies voisines, sa reprise d'armes. Dans la capitulation du 7 septembre, qui termina cet épisode, le maréchal Brune avait omis le nom de Napoléon. On l'accusa de

plus de l'inexécution du système continental dans la circonscription qu'il commandait; il y fut remplacé par Bernadotte. De là les rapports fréquents de ce maréchal avec les Suédois , d'où vint pour lui leur enthousiasme et son avènement sur leur trône, où la Dynastie de ce simple soldat français parvenu se voit encore !

Le même jour de la défaite de la Suède, le 7 septembre, et non loin de là, un attentat inouï fut consommé par l'Angleterre. Irritée de l'abandon de la Russie elle s'attira la guerre ouverte qu'Alexandre indigné ne tarda pas à lui déclarer, à la nouvelle de la plus odieuse des violences dont le machiavélisme de la politique anglaise ait donné l'exemple. Le 3 août, ses amiraux, l'un partant de la Tamise, l'autre aban donnant la Suède à nos armes, allèrent en pleine paix surprendre Copenhague, qu'ils bombardèrent et brillèrent, pour lui arracher sa flotte par la capitulation forcée du 7 septembre.

Cependant Napoléon avait quitté Tilsitt le i3 juillet ; il s'était arrêté le 20 à Dresde, il y avait signé la Constitution polonaise; Paris l'avait enfin revu le 27 juillet au faîte de sa gloire la plus grande. En effet, en dix-huit mois il avait livré cent combats, quatre batailles rangées, et détruit quatre armées rivales ; il avait créé six nouveaux monarques; et, de Pétersbourg à Naples, toutes les grandes Puissances continentales, coalisées contre lui par l'Angleterre, se trouvaient retournées contre elle : œuvre prodigieuse de promptitude et de grandeur, mais que la main seule qui l'avait créée pouvait soutenir, et qu'elle-même détruisit ;

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