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CHAPITRE XII

à Moskou, et dans les établissements militaires ; mais on ne nous fit d'abord traverser que des champs, des forêts et des villages. Notre feldjaeger avait pour instruction de nous faire tourner les villes sans y entrer, en sorte que ce ne fut qu'en passant, et de loin, que nous pûmes apercevoir Iaroslaf. Nous vîmes des files de maisons de bois plates et basses, entrecoupées par des jardins, bordant des rues d'une largeur disproportionnée. A cette distance on eût dit un rassemblement de buttes de sauvages dans un désert. L'homme ne semblait y avoir changé la nature que sur quelques points, dans quelques maisons de pierre ou de briques, et surtout dans un bon nombre d'églises surmontées, chacune, de plusieurs dômes dorés et peints de riches couleurs : trophées d'une religion d'abord vaincue, puis victorieuse. Ces monuments représentent l'histoire du peuple russe, sa longue dépendance de l'Asie, son triomphe sur la Horde Dorée, et la victoire, sur le Croissant, de la Croix du Christ!

Rien en Russie n'est plus national, plus local et plus caractéristique ; mais, autour de ces coupoles si resplendissantes et de ces rares bâtiments, à deux étages, imités des nôtres et de l'Italie, à côté de cette glorification du Christ et des somptueux raffinement» de la civilisation et du luxe de quelques-uns, tout le reste offrait alors le triste et choquant contraste d'une pauvreté grossière, d'une barbarie primitive, et de l'universel et stagnant abaissement de la servitude.

11 se peut qu'en examinant de plus près j'eusse reconnu entre ces extrêmes quelques nuances, un commencement de classe intermédiaire, d'autant plus

que, en côtoyant cette ville, un aspect soudain, symptôme d'un commerce actif, attira notre attention. En janvier, lors de mon premier passage, le Volga, caché sous le triple voile de la nuit, de la glace et de la neige, avait échappé à mes regards ; dans ce retour je vis donc, pour la première fois, ce fleuve immense, ce vivier de tant de peuples, ce lien majestueux entre deux parties du monde, cette route nourricière, mobile et vivante, du commerce russe avec l'Asie. Une forêt de mâts, s* élançant d'une flotte marchande tout entière , le couvrait alors : spectacle imposant de richesse, de mouvement et de grandeur, et bien plus frappant encore au milieu de la déserte immobilité de ces vastes solitudes !

Cependant plus nous descendîmes vers le sud, plus le pays nous parut habitable et habité. Je me souviens, quand nous laissâmes Moskouà notre droite, de nos transports à la vue d'un bois de chênes qui nous rappela la France. Un seul arbre de cette essence nous avait été montré à Vologda ; il y était conservé comme phénomène bien plus extraordinaire que cet unique palmier qu'on m'avait fait voir à Naples, l'année précédente, comme une curiosité.

Nous approchâmes bientôt de Vladimir, dont, à mon grand regret, l'entrée nous fut interdite. Il y avait aux environs quelques maisons de briques à deux étages, et entre autres une espèce d'hôtellerie devant laquelle, soit hasard ou malice, notre guide nous arrêta. Il fallut d'abord toute son autorité pour nous introduire, car la vue de nos roubles et l'espoir du gain n'avaient point suffi. Ce fut bien pis lorsqu'il

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