‹ Histoire et mémoiresChapitre 12 sur 266 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

nous rejoindre : la moitié arriva trop tard, ou fut inutile. Tel fut l'ensemble des faits; en voici quelques détails :

Vers onze heures, lorsque Hohenloe s'était présenté pour nous disputer Heiligen , et que déjà ses feux d'artillerie commençaient, l'Empereur était à la tête de sa Garde, déployée sur le plateau de Lutzebrode. Lune des divisions d'Augereau s'avançait à sa gauche, et à sa droite celles de Lannes. Plusieurs fois , selon que le combat s'échauffa d'une ou d'autre part, luimême, à la tête de cette réserve, se porta tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche de cette position élevée, il y demeura presque tout le jour ; son regard dominait de là et commandait toute la plaine.

Le maréchal Ney, dont le corps d'armée était encore au delà du défilé d'Iéna, venait d'arriver. Il avait entraîné avec lui trois mille des siens au pas de course. La cavalerie de Colbert le suivait. Emporté par son ardeur habituelle, ce maréchal dépassa les divisions de Lannes; et, nous laissant tous en arrière, il se rua au plus fort de la bataille, à son foyer le plus ardent, à Heiligen même. Bientôt pourtant , forcé, par le feu trop meurtrier de l'ennemi, de s'arrêter, il y jeta ses escadrons. Leur charge d'abord éteignit ce feu, mais il se ralluma presque aussitôt, les escadrons de Colbert ayant été ramenés à leur tour, jusqife sur l'Empereur, par la cavalerie prussienne. Napoléon fut un moment entouré de leur déroute. Ils ne s'arrêtèrent qu'à sa vue, au regard et au geste de mécontentement qu'il leur adressa !

Pendant qu'ils se ralliaient, l'Empereur appela Du-

rosnel avec ses deux régiments de cavalerie légère , et lui ordonna de recommencer la charge. Il se passa là un fait singulier, quoiqu'il y en ait plusieurs exemples. L'un des régiments de ce général, lancé le premier, venait, par un mémorable élan, de renverser sur son passage trois lignes de cavalerie et d'artillerie prussiennes ; il dispa raissait dans leur défaite , quand Durosnel ordonna à son second régiment de charger à son tour, pour soutenir le premier et achever l'œuvre. Mais le colonel de ce corps, jusque-là toujours soldat intrépide, hésita; et, quoique sous les yeux des siens, de son général et de l'Empereur, il recula dans les rangs, comme frappé d'un vertige, ou de quelque pressentiment funeste ! Ùurosnel dit qu'il le crut fasciné, comme si la mort en personne lui fût apparue : et, en effet, un boulet à l'instant même l'emporta !

Cependant son général avait eu le temps d'entraîner ce régiment sur la batterie ennemie bouleversée; il en resta maître. Au même moment Heiligenr qui marquait le centre de la bataille, était enfin emporté par le maréchal Ney. Une heure après, dans un autre élan, soutenu par la droite d'Augereau, il conquit le village d'Issertœdt.

L'Empereur alors, sûr de la victoire en face et à sa gauche, reporta ses pas et ses regards à la droite di* plateau, où il ramena sa réserve. De ce côté, et en avant de lui, le maréchal Lannes poussait la gauche du général Ruchel sur la route de Weymar. Mais des escadrons nombreux, d'une apparence formidable, se montraient à l'horizon ; ils semblaient s'apprêter à prendre en flanc droit ce maréchal. L'Empereur, apercevant

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