CHAPITRE I
Je retrouvai l'Empereur rentré au centre de sa puissance agrandie et de notre France victorieuse, riche, heureuse, dominatrice en lui de l'Europe entière! Tout se ralliait à sa fortune. Les expressions 'manquaient à l'enthousiasme. Un échange réunissait alors Flessingue à la France. Jérôme Bonaparte > déclaré Roi de Westphalie, venait de s'unir par un mariage au Sang Royal de Wurtemberg. On a vu que, pendant l'absence de Napoléon, la grande impulsion donnée à l'administration intérieure de l'Empire s'était à peine ralentie ; que, instruit de tout et partout présent par le choix des hommes, par une correspondance active et journalière , et par un travail continuel, il avait, de ses camps comme de Saint-Cloud, gouverné la France ! Toutefois son retour au milieu des grands Corps de l'État et de ses ministres fut signalé par un redoublement d'activité administrative, par le développement de> nos institutions, mais aussi par l'accroissement illimité du pouvoir impérial. Malheureusement il allait bientôt en faire, au dehors par une entreprise nouvelle, et au dedans par l'épuisement
qu'elle imposa, un fatal usage. Quant à ses principaux actes de cette époque, en voici la nomenclature :
Le nom d'Empire fut convenablement substitué à celui de République ; le Code Civil, légitimement appelé Code Napoléon ; l'interprétation des lois fut attribuée au Gouvernement qui les avait faites; l'inamovibilité des juges fut ajournée au Ier mars 1 808 , faculté épuratoire encore indispensable à conserver après un renouvellement si récent et si complet de toute la magistrature. On vit aussi, après le partage du Corps . Législatif en commissions délibérant à huis clos sur les rapports destinés à être discutés publiquement, la suppression du Tribunat, superfétation sans homogénéité avec l'esprit du gouvernement d'alors. Le maximum des pensions fut doublé et porté à vingt mille francs, libéralité % reconnaissante, convenable pour un trésor que la victoire, la vente de la Louisiane aux États- Unis, et une habile administration, venaient d'enrichir d'une réserve égale à la moitié des revenus d'une année entière.
Bien plus, estimant que la renommée, le plus précieux des biens, devait comme les autres biens pouvoir se transmettre, Napoléon osa annoncer une prochaine création de titres nobiliaires, sans prérogatives, mais transmissibles avec majorats, et destinés à récompenser des services éclatants de toute nature. C'était une autre Légion d'Honneur, accessible à tous comme la première ; un moyen de plus de gratitude après tant de dévouements, guerriers et civils, pour la défense et la reconstruction d'une société dissoute; c'était tout à la fois, en faisant dater de la gloire de son