CHAPITRE I
règne une foule d'illustrations, briser la barrière Irop exclusive élevée entre les vieilles origines et les nouvelles. C'était aussi une borne posée à l'esprit révolutionnaire; c'était enfin une voie de rapprochement, un gage d'alliance entre le génie de la nouvelle société française et celui des autres sociétés européennes, sans quoi ces deux principes, jusque-là trop destructifs l'un de l'autre, eussent été incompatibles.
A ce propos, je ne sais pourquoi l'on s'étonne que Napoléon ait voulu qu'on s'honorât de ses ascendants; que, à un juste orgueil personnel, conscience de son propre mérite, on joignit un orgueil héréditaire, celui de famille : orgueil d'instinct commun à tous, aussi ancien que le monde, principe ae toute société, et qui en perpétue le bon ordre et la moralité. En effet, sans ce lien des générations, et du passé au présent et à l'avenir, inhérent à la nature morale de l'homme et qui le distingue des animaux, quelle reconstruction sociale et durable eût été possible? Ce fut l'erreur de la Révolution de 1789, lorsque, dans l'emportement inévitable, d'une lutte aussi passionnée, elle prétendit vainement détruire ce principe, au lieu de n'en corriger que les abus.
Napoléon d'ailleurs pensait que la démagogie seule est capable de croire à l'existence possible d'une grande nation sans aucune hiérarchie , à la viabilité d'un être inorganisé, d'un corps sans tête; que cette tête s'appelle Noblesse bourgeoisie, etc. , etc. , etc. , il n'importe ; mais enfin , sans une classe élevée , se recrutant des supériorités de toute nature, et placée entre des masses toujours passionnées, ignorantes, incapables
de se conduire, et le chef qui les gouverne. Cela était aussi absurde à ses yeux que l'autre extrême , c'està-dire que la pensée contraire d'une Aristocratie surannée , qui se prétendrait, au dix-neuvième siècle, inaccessible à toutes les notabilités nationales . surgissant du sein des masses.
Mais continuons. C'est encore de cette même année 1807 que date notre Code de Commerce. Ce travail avait été provoqué du fond de la Prusse par l'Empereur, à la nouvelle d'une faillite de trente millions. Il fut terminé sous ses yeux, en quatre séances qui durèrent chacune, sans relâche, un jour entier. Une loi bienfaisante acheva définitivement la dotation des hospices ; une autre régla les attributions du corps des Ponts et Chaussées, la protection des travaux publics contre l'intérêt privé ; les budgets des dépenses et recettes s'équilibrèrent sans emprunt, en dégrevant cependant de vingt millions l'impôt direct ! Un cadastre général et parcellaire fut décidé; à l'institution heureuse d'une caisse de service , et à l'exigence de la tenue générale des comptes en parties doubles, qui accrut les recettes et établit l'ordre le plus exemplaire dans nos finances, on ajouta la création d'une Cour des Comptes, sous un Premier Président dont la renommée d'intégrité est vivante encore (1).
Alors aussi Paris vit s'élever ces magnifiques abattoirs, ces marchés couverts , et ce grenier de reserve, qui attestent les soins dé Napoléon pour la salubrité, pour la subsistance et le mieux-être du peuple.
(1) .Le marquis de Barbé-Marbois.