CHAPITRE I
défaite, suffit-elle pour justifier tant de confiance?
L'Autriche et la Prusse, mutilées, sont encore à contenir; quatre Royaumes de famille, ceux de Milan, de Naples, de Hollande et de Westphalie, à peine fondés, sont encore à raffermir; l'Angleterre, mise.au ban du Continent quelle assiège, ne peut plus être vaincue que par la durée ruineuse de cet ostracisme ; la paix continentale est obtenue. Ne semble-t-il donc pas que, après quinze ans de guerre, il faille surtout se reposer, refaire et concentrer ses forces au foyer de sa puissance? N'est-il pas évident que, même avec ces forces imposantes ainsi ménagées, une prudente politique suffira à peine , au milieu de tant de Princes et de Peuples subjugués, pour les maintenir dans une alliance forcée, offensive à l'Angleterre, et aussi nuisible à tant d'intérêts présents? Ce fut pourtant alors, que l'irritation de l'Empereur contre la résistance du Pape , et son mépris pour la famille régnante en Espagne, l'entraînèrent à se créer, d'une part, de nouveaux embarras intérieurs, et de l'autre, une nouvelle guerre continentale qui, devenant de toutes la plus ruineuse, en réveilla d'autres : triste effet du double envahissement du reste de l'État Romain et de la Péninsule Ibérienne !
C'était cependant bien assez d'une guerre maritime, et sur toutes les mers, sans en affronter deux autres du genre le plus dangereux , Tune religieuse , l'autre nationale. La première , il faut bien le dire, était difficile à éviter, mais elle fut bravée sans assez de ménagements ; quant à la seconde , méconnaissant l'orgueil d'un grand peuple inapprécié jusque-là encore, il se
crut tout permis avec son gouvernement, le plus méprisable, il est vrai, qu'il soit possible d'imaginer.
Mais, avant de le suivre dans cette voie si dangereuse et d'en grouper les événements, achevons le récit des faits qui s'en détachent. Après Tilsitt on vient de voir Napoléon administrateur et législateur, d'abord à Sain t- •Cloud, puis à Fontainebleau. C'est là qu'il apprend l'attentat, des Anglais contre Copenhague. Aussitôt, profitant de l'indignation universelle, il hâte la rupture de la Russie avec la Suède et l'Angleterre ; il entraine l'Autriche, parla restitution de Braunau, dans son système continental. En même temps il a fait ressaisir vigoureusement Corfou et les Iles Ioniennes; il réorganise sa flottille; il continue à disperser sur l'Océan, en corsaires, ses frégates, et jusqu'à ses vaisseaux de ligne; il en rassemble d'autres, en escadres, dans la Méditerranée, et ordonne au Roi de Naples, son frère, la conquête de la Sicile.
Ce fut aussi de Fontainebleau que, le 16 novembre 1807, il partit pour l'Italie. Chacun de ses pas dans ce Royaume fut inefîaçablement marqué par les actes nombreux d'une administration dont on n'admirera jamais assez l'active et intelligente bienfaisance. Le 21 il fut à Milan, d'où il dicta, le a5, de nouveaux décrets plus que jamais hostiles au commerce britannique. Le 29 il entra dans Venise, qu'il consola par les grands travaux ordonnés pour l'amélioration de son port, de ses canaux, et par plusieurs autres décisions, toute* destinées à relever la splendeur de cette ville.
Ce fut là qu'eut lieu sa première entrevue avec Joseph, depuis l'avènement de celui-ci au rang des Rois.