CHAPITRE I
On dit même, ce qu'il m'a été impossible de vérifier, qu'il y fut question du passage de ce Prince du Trône de Naples à celui d'Espagne. A son retour à Milan, on remarqua dans Màntoue une autre entrevue, mais d'un résultat bien différent. Il y revit Lucien , qu'il essaya de tenter encore par l'offre du Trône de Portugal et du mariage de sa fille avec le Prince des Asluries. Cette fille était d'un premier lit; Lucien laissa l'Empereur en disposer. Mais cette fois de plus il persista à préférer sa vie paisible et littéraire dans l'État Romain, et sa fidélité pour l'épouse divorcée qu'il avait choisie, à toutes les séductions ambitieuses de son frère.
Milan revit Napoléon pour la dernière fois, le 1 5 décembre. Il -y reçut les adieux de la Reine Régente et du jeune Roi de l'Étrurie cédée à la France et à la sœur aînée de Napoléon comme Grand-Duché, en échange d u Royaume de Lusitanie. Ce Royaume, comme on va le voir, venait d'être créé dans le démembrement du Portugal.
Un troisième décret contre l'Angleterre ; divers perfectionnements à la constitution italienne ; l'élévation de Melzy au Duché de Lodi, et celle du Prince Eugène, déclaré héritier du Trône de Milan, au rang de Prince de Venise , tels furent ses principaux actes dans ce Royaume qu'il ne devait plus revoir. Napoléon partit de Milan le tx(\ décembre; il arriva à Paris lé Ier janvier 1808.
Mais pourquoi quitter l'Italie sans achever, en quelques mots, de rappeler la grande querelle politique
et religieuse qu'il y laissa de plus en plus engagée et
indécise. L'une de ces époques remarquables appartient à cette année 1807. Le Pape, depuis 1802, se plaignait des lois organiques du Concordat, de leur extension au Royaume d'Italie ; il refusait sa consécration aux Évêques italiens. Toutefois, se restreignant, il semblait ne plus exiger que leur présence à Rome pour y recevoir cette institution. Il n'avait d'ailleurs point reconnu encore les Rois de la création de l'Empereur; et, se déclarant neutre, il laissait ses États ouverts aux intrigues de l'Angleterre. Napoléon de son côté, sans contester la suprématie religieuse de la Tiare, se plaignait des hostilités qu'il avait partout rencontrées dans les délégués de Rome. Il alléguait avec raison les nombreux services que, dans l'Empire et dans ses conquêtes, il ne cessait de rendre à la Catholicité ; mais, inflexible sur les lois organiques du Concordat, il se refusait à laisser les évêques aller prendre collation au Vatican. Il s'opposait, dans tous ses États, à la recrudescence des ordres monastiques ; il exigeait une création plus nombreuse de Cardinaux français, le consentement du Pape à un Concordat allemand; il menaçait enfin de réduire à la seule ville de Rome la puissance temporelle du SaintrPère, s'il persistait à souffrir dans ses États les machinations anglo-siciliennes, l'assassinat de nos soldats, et à se séparer du système continental.
Cette menace avait été exécutée le icr novembre 1807; elle venait de rompre les négociations. Toutefois l'Empereur, en maintenant là liberté des cultes, n'en avait que plus redoublé, par une multitude de soins et de concessions, la protection efficace qu'il