‹ Histoire et mémoiresChapitre 120 sur 266 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tenté d'alléguer la raison militaire , une plus grande sûreté qu'on trouve à cette occupation, prétendant , qu'ainsi la bonne harmonie entre les deux armées et les deux peuples n'en sera que plus assurée et plus solide.

Quant à la prise de possession de Saint-Sébastien , elle se passa régulièrement , par un accident fortuit , ce qui sembla légaliser les trois autres violences. Murât était à Bayonne. Il avait . destiné à l'enlèvement de cette citadelle huit bataillons de grenadiers commandés par Exelmans. Mais cet ordre avait révolté la loyauté de ce colonel : « J'irai, s'était-il écrié, « et je réussirai, mais seul! Je n'userai point de dé- « tours et j'aborderai franchement le gouverneur. » Ce cri delà conscience de l'aide de camp gagna celle du général : Murât consentit; .Exelmans se présenta seul dans la forteresse. Le Duc de Mahon commandait cette province, c'était un Crillon : il refusa de recevoir dans Saint-Sébastien une garnison française ! « C'est votre « droit et votre devoir, répliqua l'aide de camp, « franchement j'en ferais autant à votre place ! Mais « cela peut avoir des suites bien graves. Venez donc « vous en expliquer à Bayonne avec le Prince. — Et « si l'on m'y retenait, répondit le gouverneur? — « Vous y retenir ! s'écria Exelmans , une trahison ! « Oh, quant à cela, vous y serez libre comme ici, « c'est moi qui vous en réponds et sur ma tête! » Il y eut dans cette exclamation d'un cœur tout guerrier tant d'entraînement , que la loyauté de cet aide de camp eut à Saint-Sébastien le même ascendant que dans Bayonne : le Duc de Mahon s'y confia;

Exelmans l'amena à notre quartier général; mais, comme il était impossible de s'entendre , on convint d'en référer à la Cour d'Aranjuez , d'où l'ordre vint au gouverneur de remettre sa citadelle à l'armée française.

Cependant les flots de nos conscrits, se succédant, inondaient déjà les deux Cas tilles. Murât en alla prendre le commandement. Bientôt la Reine et Godoï, qu'on ne daigna plus tromper, aperçoivent les têtes de nos colonnes menacer Madrid et se voient tacitement indiquer F Amérique pour refuge. Quant à la trop confiante Espagne, elle commençait à s'indigner. Mais, dès longtemps pénétrée d'admiration pour l'Empereur, de pitié pour son Roi, et aveuglée par sa haine contre le Prince de la Paix, elle doute encore ; elle se flatte de la reprise de Gibraltar ; elle espère que Napoléon protégera Ferdinand, et qu'il va faire enfin justice du favori qu'elle déteste. Cette intervention d'un grand homme ne lui semble pas une humiliation ? s'il l'affranchit du joug honteux qui, depuis vingt ans, souille le trône de ses maîtres. Que Godoï succombe, et la nation applaudira ! Napoléon sera son libérateur : elle lui rendra grâce de sa délivrance !

De son côté le favori , éperdu au milieu de cette invasion progressive et silencieuse, et de cette haine universelle, ne songe plus qu'à y échapper. Il ne se dissimule plus le but de l'ambition de l'Empereur; il voit que le traité de partage du Portugal n'existe plus ; que sa Principauté des Algarves est un vaîn rêve ; que, à tant de désastres que l'Espagne lui reproche, elle va lui devoir encore, ou sa mutilation jusqu'à l'Èbre,

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