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CHAPITRE III. m

On sait le reste : l'envoi à Ferdinand VII de Savary déjà parti de Paris avant le Ier avril ; l'annonce de l'arrivée de l'Empereur, d'abord à Madrid, puis à Burgos, puis seulement à Vittoria; l'assurance verbale donnée au Prince des Asturies d'être reconnu Roi par Napoléon, s'il venait au-devant de lui se soumettre à son arbitrage ; les hésitations de Ferdinand, quand il fallut partir de sa capitale, à Burgos encore, lorsqu'il n'y trouva point l'Empereur, et le i4 surtout à Vittoria, où il refusa d'aller plus loin. Ce fut alors que Savary alla à Bayonne, d'où il revint avec une lettre insidieuse de Napoléon et l'ordre secret, si elle n'attirait pas le Prince hors de son Royaume, de l'en arracher d'une main comme usurpateur, en rendant de l'autre, au même instant, la couronne à Charles TV. Mais cette lettre et Savary suffirent pour décider le Prince à se livrer. Il est vrai qu'alors Ferdinand, engagé trop avant au milieu de notre armée ; n'était plus guère le maître de rétrograder. On sait quels furent, à son départ de Vittoria, la colère du peuple plus clairvoyant que lui, et les efforts de la multitude pour arrêter et dételer sa voiture, efforts comprimés par la garnison française; enfin l'arrivée de Ferdinand à Bayonne, le 20 avril. Là, quoique bien accueilli le matin et une seconde fois dans ce premier jour, de retour à son quartier, il reçut de Savary sa déchéance de ce trône usurpé, qu'il avait quitté avec une si aveugle confiance pour venir en recevoir l'investiture.

Dans les pourparlers, qui remplirent d'agitations les dix jours suivants, des mémoires ont fait connaître les vains efforts de l'Empereur pour obtenir, au prix

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du Royaume d'Étrurie, la résignation de ce Prince et de son Conseil ; l'invincible résistance de Ferdinand ; la perplexité et peut-être les regrets trop tardifs de Napoléon; son attente impatiente de l'arrivée des vieux Souverains pendant cet intervalle du 20 avril au Ier mai, qui sépara leur entrée à Bayonne de celle du Prince.

Dans ce triste drame ce ne fut pas l'adresse qui manqua à Savary chargé d'en régler la marche. Le jeune Roi, de tous les Princes d'Espagne le plus intéressé à se maintenir libre, avait été le plus difficile comme aussi le plus important à dérober au peuple qui l'adorait. Aussi était-ce lui qui venait d'être attiré le premier hors de son Royaume , et l'on a vu par quelles gradations d'un espoir trop habilement ménagé.

On put remarquer encore, dès son départ de Madrid, que sur sa route notre armée avait été disposée de façon que tout pas rétrograde lui fût devenu bien difficile. A Aranda, où je commandais un régiment, nos troupes avaient été échelonnées en conséquence ; elles s'étaient ralliées derrière lui.

D'autre part, dès qu'il avait été assez éloigné de Madrid, et en dépit des ordres qu'il y avait laissés, Murât ^vait obtenu de la Junte du Gouvernement la liberté de Godoï, qu'Exelmans alla retirer de sa prison. Le salut de ce proscrit importait à l'ascendant de Napoléon sur le Roi et la Reine qui attachaient plus de prix à sa conservation qu'à celle de leur couronne. De son côté Godoï devait reconnaître à Bayonne un si grand service.

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