‹ Histoire et mémoiresChapitre 128 sur 266 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Ce triste fait consommé , les vieux souverains en route pour Compiègne et Ferdinand pour Valençay, le Roi Joseph, déjà prévenu, partit le a3 mai de Naples pour Bayonne. L'Empereur y avait appelé d'autre part une Junte espagnole de cent cinquante membres, composée des plus grands personnages du Royaume et dont il ne vint qu'un peu plus de la moitié. Le 6 juin, un décret impérial proclama Joseph Roi de Toutes Les Espagnes (i) . Joseph arriva le lendemain. Ce jour-là même, les Conseillers espagnols, subitement convoqués au quartier impérial , jurèrent fidélité à ce nouveau Prince. Ainsi compromis ils furent institués en Junte le 1 5 juin. Douze séances leur suffirent pour délibérer et pour accepter la nouvelle Constitution, destinée à régir et à régénérer l'Espagne. Le 9 juillet ils osèrent rentrer dans ce malheureux Royaume à la. suite de leur nouveau Monarque !

Les discussions de cette Junte , sa résistance avant d'accepter la tolérance religieuse, l'institution du jury et le règlement des majorats, nous prouvèrent qu'elle

(1) 6 juin 1808,

crut à la durée possible d'une révolution de lois, de mœurs et de dynastie aussi brusque et aussi violente, Déjà pourtant, et dès les derniers jours de mai, l'insurrection avait éclaté dans la Péninsule, de Cadix à Sai»agosse. Le signal en aivait été donné par Madrid le 2 de ce même mois, et, huit jours après, de Bayonne même par un ordre secret de Ferdinand confié à Palafox. Mais tel était l'ascendant de la renommée de Napoléon, que, quoi qu'il entreprit, tous ces hommes de classe ou supérieure ou intermédiaire , et de gouvernement, crurent que rien ne pourrait résister au vainqueur de toute l'Europe.

Malheureusement, ce son char politique une fois « lancé, » comme alors il le dit lui-même, ne pouvant plus l'arrêter, il se plut à partager cette illusion , et repoussa les avis contraires , dont au reste il n'était plus temps de profiter. C'est ainsi que, Exelmans lui ayant été envoyé par Murât malade et mécontent de la préférence donnée à son beau-frère , il imposa silence aux craintes que lui exprimait ce colonel. Exelmans raconte que l'ayant averti des dispositions hostiles et de l'indomptable orgueil de la Péninsule révoltée et encouragée à la vue de nos conscrits imberbes qu'on croyait suffisants pour la soumettre : « Tais-toi ! » lui avait .dit l'Empereur, en l'interrompant, en lui tirant gaiement l'oreille , et s'empressant de le congédier, décidé à ne juger de l'Espagne entière que par ce qu'il en voyait à Marrac et dans Bayonne.

En dçpit de l'insurrection alors commencée il s'efforçait de se persuader que, dans sa surprise, l'Espagne désarmée, pauvre et démantelée, se soumettrait;

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