‹ Histoire et mémoiresChapitre 129 sur 266 · CHAPITRE IV. 2S · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 2S

que, faite à l'obéissance et ne sachant plus à qui obéir, elle accepterait, à l'exemple de ses Grands, le nouveau Roi qu'il substituait à un Gouvernement méprisé. Il se figurait que l'esprit, que la douceur de son frère, que les grâces de sa personne , son nom glorieux et les bienfaits de la civilisation toute populaire qu'il apportait, apparaîtraient comme une lumière régénératrice, comme un fanal de salut à la Péninsule! Cela, et au besoin quelques coups de guerre, lui semblait suffire.

Je n'ignore pas qu'on se tromperait souvent si Ton jugeait Napoléon par ses paroles, car il en risquait beaucoup ; je sais que le choix entre elles est indispensable, et qu'il ne peut être fait qu'avec une appréciation éclairée et une connaissance approfondie de son caractère. Mais, parmi le grand • nombre de ses paroles d'alors qu'a citées l'abbé de Pradt, Furude ses négociateurs et lun des hommes les plus spirituels de l'ancienne France, on doit remarquer entre autres les suivantes , dont je ne puis suspecter l'exactitude, parce que ce prélat me les répéta lui-même peu de temps après l'événement et que j'en entendis d'équivalentes de la bouche de l'Empereur, a Si cette en- « treprise, lui dit alors Napoléon , devait me coûter « quatre-vingt mille hommes, je ne la tenterais pas; « mais elle n'en coûtera pas douze mille! C'est un « enfantillage! Les Espagnols ne savent pas ce que « c'est qu'une armée française ! Les Prussiens étaient « comme eux ; vous avez vu comme ils s'en sont trou- « vés! Croyez-moi, ceci finira vite. Je ne voudrais de « mal à personne; mais, quand mon grand char poli-

« tique est lancé , malheur à qui se trouve sur sa « route! »

Quelque contradiction qu'on puisse trouver entre ces paroles de l'Empereur et ses propres prévisions écrites à Murât le 27 mars, témoin moi-même de cette illusion volontaire 'de notre Chef r je dois en donner ici quelques détails. A la fin de Tannée précédente, après mon retour de Vologda, nommé major c'està-dire lieutenant-colonel, et impatient de mon inaction à Fontainebleau, j'avais reçu Tordre d'aller à Poitiers prendre le commandement d'un régiment de marche. C'était une agglomération provisoire de recrues de sept~ régiments de hussards; car telle fut la trop jeune et trop faible composition d'une grande partie de la première armée destinée à prendre possession de la vieille Espagne.

Nous y- entrâmes comme alliés en mars 1808. La division d'avant-garde, dont je faisais partie, s'arrêta à Âranda sur le Duero. Nous occupions pacifiquement cette position à l'époque de la révolution d'Aranjuez, vers le 19 mars, quand Ferdinand VII usurpa le trône, et Murât, Madrid, pour protéger contre ce Prince les vieux souverains et leur favori renversé.

Jusque-là tout restait paisible en apparence, et Ferdinand, en allant, comme on Ta vu, se livrer à Bayonne au milieu d'avril, traversa nos cantonnements dont je commandais le plus avancé, sans qu'il se manifestât la moindre émotion sur son passage'; après quoi, nous nous ralliâmes derrière lui dans Aranda , et jusqu'au 2 mai l'Espagne demeura inerte encore.

De notre côté la discipline, quant aux rapports de

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