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CHAPITRE IV

l'armée et des habitants, était sévèrement maintenue ; mais nou* vivions entièrement étrangers les uns aux autres. La différence des habitudes , de la langue , du caractère, la gêne du logement militaire, l'orgueil national, révolté de cette invasion déguisée sous la forme d'une alliance et dont le but devenait de plus en plus suspect, tout nous séparait. Quant aux pratiques religieuses, rien ne nous ayant été prescrit et rien n'étant observé, cette Espagne catholique si fervente dut nous croire sans religion ; en sorte que ce qui , du moins, aurait pu être un lien commun entre les deux peuples, devint un obstacle de plus à leur rapprochement.

Cependant le départ successif des Princes de la famille régnante, et surtout celui du Prince de la Paix , dérobé à la vengeance nationale, accroissait l'irritation . L'attitude toujours grave de ces peuples devenait sombre; leur patience n'était plus visiblement maintenue que par l'étonnement de la docilité de leurs Princes, par l'habitude d'obéir, et par un reste d'incertitude sur un dénoûmentque leur loyauté et la grande opinion qu'ils s'étaient faite de l'Empereur leur faisait croire encore invraisemblable.

Mais, quand il ne fut plus possible de s'y méprendre ; quand Murât, remplaçant le dernier Bourbon parti pour Bayonne, devint chef du gouvernement , la colère universelle n'attendit plus qu'un signal : la Junte de Madrid n'osant le donner, le peuple de cette capitale s'en chargea. Telle avait été la révolte du 2 mai. Elle eut lieu à l'occasion du départ des Infants Don Antonio et Don Francisco. Dans le tumulte cinq cents

Français périrent poignardés ou tués en combat* tant. Toutefois ce premier symptôme fut encore désavoué par tous ceux qui avaient quelque chose à perdre. Murât avait éteint en quelques heures , dans le sang de cent soixante révoltés, cette émeute d'assassins. L'égorgement des nôtres fut vengé, dans la nuit suivante, par l'exécution militaire de trente-cinq des plus coupables : vengeance qui augmenta la haine, parce qu'on remarqua que ces misérables avaient été fusillés sans qu'ils eussent été préparés chrétiennement à leur supplice.

On a vu la joie trompeuse de Napoléon, à la première nouvelle de ce soulèvement dont il ne connaissait point les détails, et le parti que, à Bayonne, il en ' sut tirer sans en redouter assez les suites. C'était pourtant la première étincelle d'un incendie qui ne devait plus s'éteindre que sous les débris de son Empire I C'était le premier signal d'une lutte nouvelle, où les rôles allaient changer; où le bon droit n'était plus sous nos drapeaux; où toutes les puissances morales, la justice, la foi publique , le droit des gens, l'orgueil national soulevés, étaient retournés contre nous ; où la guerre enfin d'un Peuple pour son indépendance, guerre pareille à celle dont l'élan nous avait sauvés dans notre révolution, se trouvait du côté contraire.

Le contre-coup de cette révolte n'avait pas tardé à se faire sentir du Mançanarès au Duero. Huit jours après , quelques assassinats nous en avertirent , puis l'embauchage et la désertion de plusieurs de nos conscrits. Bientôt les escortes devinrent nécessaires ; une atmosphère de haine nous environna ; nous nous sen-

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