CHAPITRE IV. 2S
tîmes sur un volcan ! Badajoz et Oviédo répondirent, le 22 mai, au signal donné par Madrid, Valence le 23, Se ville le 26, l' Aragon le 27, et de Bayonne à Aranjuez il ne nous resta de libre encore que les villes occupées par nous, et la grande route.
Là, comme dans la Vendée de 1793, le peuple seul avait commencé ; les Grands, les riches, les autorités civiles, l'armée espagnole même, tout ce qui calculait enfin, tout ce qui avait intérêt à Tordre, et ne conce- ' vait de force que la force organisée , hésita et temporisa.
Nos régiments de marche furent alors poussés jusqu'à Madrid, où leurs détachements se dispersèrent pour rejoindre leurs numéros. Je restai donc sans commandement à la disposition de Murât. Un autre trône l'appelait. Le désappointement de se voir frustré de celui-ci, sa responsabilité au milieu d'une insurrection générale, le climat, les aliments, plus nutritifs en ce pays que dans le nôtre , avaient altéré son humeur et sa santé. Malade, découragé, pressé d'aller régner à Naples, il n'aspirait qu'à sortir de ce Royaume. 11 me chargea d'en exprimer son désir à l'Empereur.
Les moindres maux de la guerre sont ceux des champs de bataille. Ce sont les souffrances des mar ches, des bivouacs, les privations, le défaut de distri butions régulières, le manque de médicaments et d'hôpitaux, qui dévorent les armées, les nôtres surtout, où tout se fait à la hâte,. sans assez de souci des mille détails auxquels la santé du soldat est attachée ; mais alors, et quoique le titre de général comprenne la science administrative et en impose tous les soins,
peu de nos généraux savaient être administrateurs. Parmi les exceptions j'en citerai trois cependant, vraiment dignes de ce nom : Davout, Saint-Cyr, et Suçhet surtout. Ce n'était point un chef tel que ceux-ci qui nous avait commandés à Aranda. On ne pourrait se figurer l'horrible spectacle qu'offrait l'hôpital formé pour nos régiments dans cette ville. Tout y manquait : l'air, les médicaments, les lits même, où gisaient, par deux et même par trois, mourants et malades 1 Dans les visites que mon devoir m'imposait, j'y avais puisé le germe du typhus qui moissonnait nos jeunes recrues; et quand, vers le milieu de juin, Murât me donna mes instructions pour rejoindre l'Empereur, j'étais plus malade que lui-même.
La fièvre me prit à l'instant où j'allais monter à cheval à Madrid, pour n'en descendre qu'à Bayonne. Néanmoins tel était l'empire du devoir, l'habitude de tout braver, et l'empressement à sortir de ce pays , que, me lançant à franc étrier dans cet espace sous un soleil dévorant, je fis les cent soixante lieues en cinquante et quelques heures. Le mal cependant l'emporta à plusieurs reprises : trois fois je tombai sans connaissance ; le bonheur voulut que ce fut à des relais , et qu'il s'y trouvât des Français ou des femmes compatissantes. On me remettait en selle, et je continuais.
Près d'Âranda un autre danger faillit terminer ma mission, comme il arriva depuis à tant d'autres. J'avais aperçu sur la route , aux approches d'un village, des traces d'une lutte violente , des lambeaux d'uniformes ensanglantés, et à quelques pas, sur la gauche