‹ Histoire et mémoiresChapitre 136 sur 266 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

donnant, à la division de La Caroline, Baylen, position capitale entre les deux autres échelons. Il y fut rappelé le soir même par la nouvelle d'une vive attaque du général Reding , incomplètement repoussé de ce point central. Là, • ne trouvant plus ni l'ennemi, qui s'était retiré pour se concentrer et recommencer, ni la division française de La Caroline, qu'une autre attaque, mais fausse, venait de faire rétrograder à la défense de ce dernier poste sur notre retraite, il courut encore à celui-là, le 17 au soir, sans ordre, étourdiment, comme s'il eût tenu à honneur d'être partout, en tête, en queue, excepté au poste central qui lui était confié* Il abandonna donc une seconde fois Baylen , et cette fois, en même temps, Andujar et son général en chef* Il fit plus : arrivé ,à La Caroline il y épuisa ses forces, jusqu'au 19 juillet, par de vaines pointes dans la montagne contre de méprisables guérillas qu'il prenait pour une armée !

Cependant, le 17, Dupont, dont la nouvelle de cette faute et les mouvements évidents de l'ennemi eussent dû précipiter la retraite sur Baylen dans la nuit même, embarrassé de malades et de bagages, ne partit enfin d' Andujar que le lendemain 18 au soir! U laissa ainsi à Reding un jour et deux nuits pour s'interposer , à Baylen , entre Vedel et lui , et l'attaquer de front, tandis que Castanos le talonnerait. Il devait en résulter que Dupont et ses huit mille combattants valides se trouveraient placés au milieu des feux de quarante mille hommes, joints à ceux de quarante degrés d'un soleil dévorant, sur un champ de bataille sans eau , sans vivres et sans abris!

Ce fut malheureusement ce qui arriva le lendemain 19 : dès quatre heures du matin la colonne française, entrecoupée d'ambulances et de bagages, rencontra, en vue de Baylen, vingt-cinq mille ennemis, inexpugnablement postés sur plusieurs lignes garnies d'une formidable artillerie . Aussitôt commença le choc ; mais tous les efforts , d'abord trop successifs pendant neuf heures, s' étant brisés contre l'obstacle, vers une heure deux mille de nos Suisses désertèrent à l'ennemi. Déjà la plupart de nos généraux étaient tués ou blessés ; il ne restait plus à Dupont, deux fois atteint lui-même, que trois mille combattants, exténués de faim, de soif, de fatigue, et suffoqués par l'embrasement de l'atmosphère, lorsqu'aux feux de Reding, sur nos flancs et notre front, ceux de Castanos, éclatant sur nos derrières, vinrent s'ajouter. Dès lors, aucun bruit de guerre vers le nord n'annonçant Vedel, le cœur de Dupont fléchit; et, aux élans de son désespoir l'abattement ayant succédé, il parlementa !

Il semble qu'il eût encore pu , en abandonnant ses canons brisés, ses blessés et ses bagages, s'élancer par la gauche vers La Caroline : ce fut du moins ce qu'on lui proposa. Mais, soit erreur ou découragement, il préféra une trêve de quelques heures. Il en discutait péniblement les dures conditions, lorsque, vers cinq heures du soir enfin, le canon de Vedel se fit entendre. L'armistice pouvait se rompre , on en supplia Dupont; on le pressa, pour la seconde fois, de s'échapper par sa gauche pour rejoindre ses renforts. L'infortuné, de plus en plus abattu, ne répondit que par un silence consterné : on eût dit qu'il avait

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