‹ Histoire et mémoiresChapitre 139 sur 266 · CHAPITRE V. 25S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 25S

Certes, jamais revers ne dut être plus cuisant, l'entreprise n'ayant d'autre excuse que le succès. De cruels détails d'ailleurs aggravaient la faute. Aussi quand , notre corps d'armée perdu tout entier, le vaincu revint se livrer à cette indignation, s'attendit-on à une punition sanglante. Hâtons-nous de le dire, après l'éclat d'une première sévérité, indispensable à l'honneur des armes, la clémence l'emporta. Il permit que ses ordres , entravés par ses conseillers , restassent sans exécution, jugeant le coupable assez puni par la perte de sa liberté et par l'humiliation de sa défaite.

Quant aux conséquences de ce désastre, l'Empereur les prévit. Mais ni les cruels reproches de Joseph découragé ; ni les armements de l'Autriche, et la création de sa Landwher à l'exemple de notre conscription ; ni les rescrits libéraux par lesquels le Roi de Prusse mit son peuple dans sa cause, en lui sacrifiant sa féodalité dont il abolit les privilèges, ne l'arrêtèrent. Ces graves avertissements du danger de la dissémination de ses forces à des distances si grandes et si opposées, ne le firent point -renoncer à son entreprise. 11 n'en rappela pas moins aussitôt de sa Grande Armée d'Allemagne quatre- vingt mille hommes , leur faisant traverser la France au pas de course , sous des arcs de triomphe, et annonçant hautement que lui-même , à leur tête, irait soumettre, punir l'Espagne, et rendre h son frère, sa couronne !

H ne savait pas reculer, se résigner à se dessaisir. C'était même en lui comme un système , sentant bien tout ce que dans sa puissance il y avait de prestige d'infaillibilité, d'invincibilité, et craignant, avant tout,

de l'affaiblir. Il sut donc renfermer dans son sein déchiré ses douleurs, ses regrets, ses remords peut-être. Dans ce premier moment l'apothéose d'admiration et de reconnaissance qui l'accueillit dans nos ports de l'ouest, à Nantes et dans la Vendée surtout, put aussi le consoler.

Arrivé enfin à Paris il s'y montra, à l'Europe , plus ferme et plus entreprenant qu'il n'avait encore été. La fierté et l'activité dévorante de son génie, excitées par un revers, par la haine anglaise et par les nécessités de son système continental, le poussaient de plus en plus excentriquement. C'est ainsi qu'on le vit alors, et après la conquête de la Prusse et l'invasion de VE&pagne , réunir à l'Empire Français : en Hollande , le Brabant et la Zélande ; en Allemagne , Kehl , Cassel , et le Grand-Duché de Berg; en Italie, plusieurs provinces , et malheureusement Rome elle-même , où le Saint-Père, se déclarant prisonnier au Vatican, en appela à Dieu et à la Catholicité entière !

Cependant, près d'affaiblir autant ses forces au nord et à Test de l'Europe, où il laissait tant d'ennemis humiliés, il songeait à les contenir. Quant à l'Autriche , des paroles célèbres par leur habileté à la fois modérée et menaçante adressées à Metternich; l'appel aux armes de la Confédération du Rhin ; nos armées de l'Elbe, du Rhin et de l'Italie, bientôt portées à plus de trois cent mille Français et alliés, çt un resserrement d'alliance avec Alexandre, ajournèrent l'explosion qui s'y préparait évidemment .

Quant à la Prusse dont il évacua une partie., l'occupation prolongée des principales forteresses de ce

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