CHAPITRE VII. rit
aflhovembre, et ne s'arrêta le même jour qu'à Aranda. ici , de tous les habitants l'alcade seul était resté. 11 disait que des ressources du pays environnant il pourrait nourrir, pendant un mois, quatre-vingt mille hommes. Mais là, comme à Burgos, quant au pillage, même désordre : les portes, les lits, tous les meubles des maisons , alimentèrent et garnirent les bivouacs du centre de notre armée réunie autour de cette ville.
L'Empereur y toléra encore cette destruction difficile à éviter. C'était la guerre ! Elle châtiait l'Espagne ! Il la traitait comme une révoltée contre son Souverain naturel et légitime; voulant effacer ainsi Baylen, et couvrant d'excès de force l'excès de faiblesse qu'il reprochait à son frère. Il est vrai qu'Aranda s'était déclarée contre Joseph, après l'avoir accueilli en Roi lors de son premier passage. On apercevait, dans le lointain, les malheureux habitants sur le penchant de leurs montagnes , d'où ils contemplaient leur ruine avec stupeur et fureur. Ces exemples sur des villes, seuls points cependant où l'on pût espérer avoir quelque prise sur cette nation, furent crus utiles.
Au reste cette dévastation précédait Napoléon. Tout se montrant ennemi, l'avant-garde se vengeait sur les choses, ce qu'elle ne fit point sur les personnes, pas même dans la chaleur du combat et sur des prisonniers assez fanatisés pour s'obstiner à ne pas se rendre. Nos soldats les épargnèrent , soit douceur et générosité qui leur sont naturelles, soit, peut-être, conscience de l'iniquité de notre cause !
Jusque-là, depuis le 1 1 novembre jusqu'au m, l'Empereur avait attendu dans Burgos deux résultats : pre-
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mièrement , l'effet de la manœuvre de Soult , poussé de cette ville sur les derrières de l'aile gauche espagnole ; et secondement, des nouvelles de notre cavalerie, envoyée vers Valladolid pour découvrir la position de l'armée anglaise. Mais Faile gauche ennemie r celle de Galice , poussée de front , puis battue trop tôt, à Espinosa, par Lefebvre et Victor, s'était dissipée dans les montagnes , où Soult n'avait pu atteindre, à Reynosa, que ses bagages. Quant aux Anglais, alors vers Salamanque, comme ils étaient là hors déportée,, notre cavalerie, qui ne pouvait s'aider d'un seul habitant, ne se doutait pas de leur présence.
Restait l'armée espagnole d'Aragon , celle de l'aile droite ennemie, que, le 23 novembre, Lannes et Moncey allaient aborder de front sur l'Ebre, à Tudela, et dont il s'agissait d'envoyer, de Burgos, couper la retraite sur le Duero, par Aranda et Soria. Ney avait été lancé dans cette direction ; et c'est pourquoi l'Empereur, marchant à son appui, s'était porté à Aranda le 2 3 novembre.
Le 28 il y attendait encore l'effet de ce mouvement, quand il apprit que la déroute de l'aile droite espagnole, vaincue à Tudela, échappait devant Ney à Soria, comme avait échappé devant Soult, à Reynosa, la fuite de leur aile gauche culbutée à Espinosa.
C'était dès lors, et dès le lendemain 29, que, poussant lui-même par Sommo-Sierra, droit sur Madrid r avec Victor et sa propre Garde, il n'avait plus songé qu'à y prévenir l'arrivée des débris espagnols de Tudela, et à étonner promptement la Péninsule et l'Europe par la nouvelle de son entrée dans la capitale.