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CHAPITRE VIII

Le Sommo-Sierra était le dernier obstacle à vaincre pour arriver devant Madrid. Les débris de Castanos , échappés de front à Lannes et dans leur déroute

au maréchal Ney, s'écoulaient derrière ce rideau. L'Empereur avait hâte de le percer : il pressait la marche. Néanmoins, arrivé vers onze heures à la hauteur de Carajas , et l'infanterie de Victor n'étant pas prête, ni l'ennemi assez reconnu , il s'arrêta sur une colline, à gauche de la route, où nous déjeunâmes.

Ce fut là que le chef de bataillon du génie Lejeune, aide de camp de Berthier, et peintre fort connu depuis par un tableau remarquable de cette affaire, vint lui rendre compte de la position du corps ennemi. II annonça que les tirailleurs de Victor étaient aux prises.

En effet, devant nous, l'avant-garde de ce maréchal entrait avec la grande route dans un défilé, que deux arêtes escarpées resserraient de plus en plus. Il y avait au fond de cette gorge, et sur le bord à droite de la route, un rocher énorme. Ce rocher marquait et masquait le pied d'un dernier ressaut, roide et court, dernière et rapide pente à gravir pour atteindre le sommet de ce plateau , plus célèbre qu'il ne le mérite. C'était une position bénie, presque sainte , et crue invincible! Le sommet en était couronné par une redoute armée de seize canons , et défendue par douze mille Espagnols rangés en bataille, sur deux lignes, entre des rocs. Le brigadier général Saint-Jean les commandait. Une foule de leurs tirailleurs se prolongeait en avant d'eux, sur les contre-forts de droite et de gauche , d'où ils plongeaient leurs feux dans le défilé..

Le corps d'armée de Victor était nombreux , bien ensemble, et soutenu par la Garde impériale. De leur côté il y avait moins d'hommes, mais plus de haine, l'avantage du lieu, et tant de foi, tant de confiance dans cette position, que, après y avoir failli, ne comprenant

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