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CHAPITRE VIII

et moi, par un mouvement naturel, je m'étais avancé entre elles et Napoléon , le regardant , craignant à chaque instant de le voir atteint, m'animant de son danger et m'exaltant trop de ses paroles, car"Walther avait raison. Mais lui, voyant dans mes regards la même irritation qui l'enflammait : « Oui, ajouta-t-il comme « si je l'avais interpellé, oui, partez, Ségur! Allez! « Faites charger mes Polonais ! Faites-les tous prenne dre, ou ramenez-moi des prisonniers 1 »

Partant aussitôt, au travers de la forêt mouvante de nosx baïonnettes qui hérissaient la route et que, à chaque temps de galop, il me fallait relever pour n'en pas être atteint, j'arrivai au pied du rocher à l'abri duquel l'escadron polonais, seul, en avant de l'infanterie, s'était rangé. « Commandant, criai-je à Korjie- « tulski, l'Empereur nous ordonne de charger à ce fond, et sur-le-champ ! » Sur quoi Montbrun fit une exclamation et un geste d'étonnement, sans oser me contredire; mais Pire répondit : « C'est impossitc ble ! — On l'a dit à l'Empereur, répliquai-je, et il « n'en croit rien. — Eh bien, reprit Pire, viens-y « donc regarder toi-même; et vois si le Diable, tout « fait au feu qu'il doit être, pourrait mordre là- « dessus! »

Alors, joignant à l'avis la preuve, et dépassant le rocher, il. me montra, au travers d'une grêle de balles, dont aussitôt nos équipements furent criblés, la montée rapide du chemin sur cet amphithéâtre hérissé de rocs, la redoute de seize canons qui le couronnait, et vingt bataillons déployés de façon à converger, de front et de flanc, tous leurs feux sur une attaque qu'on

ne pouvait effectuer qu'en colonne et sur la route.

Il y avait bien là quarante mille coups de fusil et plus de vingt coups de mitraille à recevoir par minute ! Rien n'était plus convaincant sans doute ; mais Tordre avait été trop impératif, il n'y avait plus à reculer. « C'est égal, in'écriai-je ; l'Empereur est là, et il veut « qu'on en finisse ! Allons, commandant, à nous Thonce neur, rompez par pelotons, et en avant! »

Pour toute autre troupe , le colloque précédent à haute voix l'eût intimidée ; elle eût hésité ; mais avec ces héroïques Polonais il n'y parut pas*le moins du monde : à peine eus-je le temps d'arracher mon sabre de son fourreau, que déjà leur charge en colonne sur cette route était commencée.

Nous chargeâmes ventre à terre. J'étais à dix pas en avant d'eux, tête baissée, répondant par notre cri de guerre, dont j'avais besoin de m'étourdir, au bruit des feux ennemis éclatant tous à la fois, et à l'infernal sifflement de leurs balles et de leur mitraille. Je comptais sur la rapidité d'une attaque impétueuse; j'espérais que, étonné de notre audace , l'ennemi tirerait mal; qu'enfin nous aurions le temps d'arriver au milieu de ses canons , de ses baïonnettes, et d'y mettre le désordre. Mais ils ne tirèrent que trop juste!

Bientôt, malgré nos clameurs et la détonation de tant d'armes , derrière moi des coups secs suivis de gémissements, le bruit de la chute des hommes et de celle des chevaux , me firent pressentir notre défaite. J'entendais les cris de douleur des malheureux Polonais l'emporter sur leur cri de guerre; je n'osais tourner la tête vers eux, craignant un spectacle funeste

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