CHAPITRE VIII
et d'être forcé de renoncer. Déjà je m'étais senti frappé moi-même ; plusieurs balles venaient de percer mon chapeau , le collet de mon manteau et tous mes vêtements, mais elles m'avaient à peine contusionné. Une autre avait écrasé le fourreau de mon sabre sur mon côté gauche, car sur nos deux flancs, comme en tête, plus nous avancions* plus les feux dé l'infanterie ennemie nous assaillaient. Unbisbaïen vint alors m'effleurer le cœur qu'il mit presque à découvert. Je me consultai ; mais, comprenant vite qu'une telle blessure devait être mortelle ou insignifiante, et ne me sentant pas défaillir, je continuai. (Je fus cependant six mois à en guérir.) Enfin, presque au même instant, un coup de feu dans le côté droit m'ayant coupé la respiration, je m'arrêtai et regardai autour et derrière moi. J'étais seul à trente pas de la redoute. J'avais dépassé deux bataillons ennemis, placés d'écharpe, derrière un ravin, sur notre flanc droit. Un âeul officier me suivait, Rudovski, je crois, un colosse comme la plupart de ces hommes d'élite. Il était encore à cheval , mais blessé à mort , chancelant et près de tomber, face à l'ennemi! La distance et les rochers me cachaient le reste. Je voulus, mais vainement, retourner mon cheval blessé lui-même. Les .Espagnols hurlaient des cris dé victoire , ils s'avançaient pour me saisir. Alors, ramassant ce qui me restait de forces , je sautai à terre. Dans ma retraite, pour m'abriter de leurs feux, qui bien inutilement continuaient sur un seul homme, je me serrai contre les rochers à droite de la route. Retraite cruelle! où d'abord, en passant rapidement près de Rudowski,
je vis cet infortuné, achevant d'expirer, tomber presque sur moi ; après quoi il me fallut franchir pu éviter tous nos malheureux compagnons morts, ou se débattant avant de mourir, sur ce glorieux mais bien triste champ de bataille !
L'escadron presque tout entier était abattu. Sur les six autres officiers, trois encore étaient tués roides ou blessés mortellement : c'étaient les lieutenants Rowiczki, Rrzyzanowski et le capitaine Dziewanowski. Les trois autres, les lieutenants et capitaine Niegolewski et Krazinski, et le chef d'escadron Korjietulski, étaient blessés. Quarante sous-officiers et lanciers, tués ou blessés à mort, jonchaient la terre. Douze autres encore étaient blessés, mais moins grièvement; vingt seulement, sains et saufs, avaient échappé à ce massacre. Ceux-ci venaient d'aider leurs blessés à se retirer ; en sorte que, sur tout le reste du terrain de notre charge, je ne revis debout qu'un seul trompette. Immobile au milieu des feux qui continuaient , le pauvre enfant pleurait son escadron et l'un de ses officiers étendu à terre. Il en tenait le cheval et m'aida à le monter, car je souffrais déjà beaucoup : je ne pouvais plus me soutenir, et il n'y avait point à s'arrêter sous cette pluie déballes et de mitraille. Il me conduisit ainsi jusqu'au pied de ce rocher protecteur, d'où nos valeureux Polonais s'étaient élancés si pleins de vie, et d'une ardeur que la mort seule avait pu éteindre ! La tête de colonne de notre infanterie s'était arrêtée derrière. Ce dernier trajet, au pas, sur une descente rapide, fut bien douloureux : il me parut d'une longueur interminable.
Enfin, parvenu au milieu des nôtres, et le péril ne