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CHAPITRE VIII

me soutenant plus, je tombai dans les bras des grenadiers du 96me. Le colonel de La Grange se trouvait là. Je lui dus de premiers soins , et la conservation de mon sabre que, jusque-là, il m'était resté la force de ne point abandonner.

Ce fut lui encore qui me fit emporter aussitôt par quatre grenadiers. A quelques pas de là Savary, allant presser Fa ttaque, me rencontra ; il s'apitoyait ; mais j'étais encore sous l'influence de cette chaude animation sans laquelle onnese dévouerait guère; aussi : « Ne « songez point à moi, lui répondis-je ; en avant! en « avant! et que l'infanterie venge nos Polonais sur ces « misérables! »

Un peu plus loin, le groupe que nous formions , en passant près de l'Empereur, attira ses yeux; il s'informa. « Ah! pauvre Ségur! s'écria-t-il; Ywan, allez « vite, et sauvez-le-moi! » Je tiens ce détail d'Ywan lui-même. Ywan accourut; et, se réunissant aux grenadiers , il les aidait à me porter, lorsqu'une autre balle espagnole, venue des crêtes du défilé, me choisissant seul au milieu de toutes ces têtes penchées sur moi et qui me couvraient, les effleura sans les blesser et me traversa la cuisse droite !

Dans le premier étonnement de cet acharnement du sort on s'arrêta. « Ah! le malheureux, dit Ywan ; « voilà encore sa cuisse cassée !. — Non , non , dis- « je en la faisant mouvoir; mais allons vite, tirez- « moi d'ici, car il paraît qu'aujourd'hui le sort m'est « décidément contraire! » La balle, en effet, après avoir contourné l'ôs sans le briser, bombait de l'autre côté et s'était arrêtée là.

Ce trait assez remarquable d'infortune fut, en cet instant, mais pour un autre que moi, suivi d'un exemple tout contraire. Turenne, officier d'ordonnance de l'Empereur, m'apercevant, s'était précipité pour venir à mon secours, et cela bien à propos pour son propre salut ; car à peine fut-il en bas de son cheval, qu'un boulet en brisa la selle !

On reprit la marche, et bientôt, à cent pas plus en arrière, je fus déposé sur le bord de la route, à l'abri d'un rocher, où commença le plus désagréable moment de ce genre de position , celui où l'on sonde les blessures.

Ywan, en me dépouillant de mes habits coupés et percés de toutes parts, comme dans une exécution militaire, quelqu'accoutumé qu'il fût à ces sortes d'aventures, ne pouvait retenir l'expression de son étonnement. Les contusions, la large blessure que j'avais sur le cœur, celle de la cuisse qu'il lui fallut ouvrir pour en arracher la balle , l'arrêtèrent peu. Mais a la contraction de sa figure, quand il vit le coup qui avait pénétré dans mes entrailles au-dessus du foie, et dont il sondait vainement la profondeur, je compris qu'il perdait tout espoir de me sauver. Je m'en aperçus mieux encore à ses gestes en réponse aux vives et nombreuses interpellations des officiers de la vieille Garde, défilant presque sur mes pieds, et aux exclamations de leurs regrets, derniers adieux que leur amitié m'adressait, et dont je.suis attendri encore.

Ainsi, convaincu de ma fin prochaine, et Ywan étant forcé de me quitter, je le chargeai de mes adieux à ma famille et à l'Empereur! Mais il faut que l'amour^

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