CHAPITRE IX
Cette marche en avant de notre réserve m'avait annoncé le succès de la bataille. En effet, pendant que notre charge avait attiré et concentré sur elle tous les feux de l'ennemi, le général d'infanterie Barrois avait profité de cette diversion. Il s'était avancé jusqu'à ce rocher, notre point de départ et de retraite. Là, poussé en avant, comme moi, sur la route par l'Empereur, dès son premier pas au delà de cet abri, pour recommencer ma charge , treize de ses grenadiers avaient été abattus parle feu de la redoute. Alors, rétrogradant derrière le roc, il avait envoyé quelques compagnies à l'escalade des hauteurs à notre droite, pour tourner l'obstacle ; puis, impatient de leur hésitation , lui-même, à la tête de sa brigade, y était monté. Là, de plainpied enfin, devant dix mille Espagnols rangés sur deux lignes, il les avait attaqués. Mais eux, quatre contre un pourtant, se voyant près d'être abordés, avaient déchargé leurs armes; et, se débandant aussitôt, ils s'é-
taient mis à fuir à toutes jambes. Au même moment, ajoute- t-il (car c'est lui qui parle et j'en ai la note de sa main), à sa gauche le bruit de la canonnade avait cessé.
C'était alors que le régiment entier des lanciers polonais de la Garde f recommençant à propos, sur la route, la charge prématurée de notre escadron détruit, avait achevé, sans autre perte , d'enlever la position. Les canons, quelques officiers, et cent cinquante à deux cents Espagnols seulement, purent être atteints, tant la dispersion de ce corps d'armée tout entier, devant les quatre bataillons de Barrois, avait été subite et rapide. Dans cette seconde charge impétueuse nos braves lanciers poussèrent jusqu'à Buytrago, où leur était réservé le plus révoltant des spectacles. Ils allaient atteindre ce bourg et une dernière troupe ennemie; ils apercevaient même au milieu d'elle un groupe de soldats français prisonniers qu'elle entraînait, et ils redoublaient d'ardeur pour les délivrer, lorsqu'un temps d'arrêt, suivi d'une décharge et de la chute simultanée de tous ces captifs, les consterna ! Le crime était consommé 1 Les infortunés, fusillés à bout portant, étaient abattus! il n'y avait plus à songer qu'à la vengeance ! Malgré la fuite des assassins pour y échapper, elle fut entière, et l'on put ensuite relever et rendre à la vie quelques-unes de leurs victimes*
Ce fait infâme n'entachait point le corps espagnol entier défait à Sommo-Sierra ; mais ce corps acheva de se déshonorer, à dix jours et à vingt lieues de là, par un attentat plus odieux encore. Talavera de la Reyna en fut le théâtre. La déroute de ces misérables ne