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CHAPITRE IX. l

s'était arrêtée que dans cette ville. On n'y concevait pas qu'ils eussent pu être vaincus sur le Sommo-Sierra, tant cette position passait pour sainte et inexpugnable. Elle ne Tétait certes pas, mais ils pouvaient s'y mieux défendre. Ce fut alors, que, pour s'absoudre de leur lâcheté, imputant leur défaite à une trahison de leur général, ils se précipitèrent sur le brave et malheureux San-Juan qu'ils avaient abandonné ; et, l'attachant tout vivant à un poteau, ils en firent, pendant un jour tout entier de tortures, le but de leur exécrable adresse ! Ensuite, chassés honteusement par notre avant-garde, ils lui laissèrent le spectacle de ce cadavre suspendu encore, revêtu de l'uniforme de général espagnol, et percé de mille balles !

Cependant, depuis deux heures que j'étais étendu sur la terre humide, notre corps d'armée s'était écoulé, et l'Empereur était entré à Buytrago , où le Duc de Bassano l'ayant rejoint : « Voilà, lui dit-il, une jour- « née qui serait complète sans une perte qui m'est ce bien sensible ! » Alors, apprenant que je vivais encore, il m'envoya sa propre calèche avec Ywan, son chirurgien, et voulut qu'on essayât de me transporter jusqu'à son quartier impérial. Ce trajet de plusieurs kilomètres sur les débris du combat me fut bien pénible. A. tout moment on était forcé de s'arrêter, car j'étouffais; et maintes fois Ywan, qui m'escortait à cheval, avança la tête pour voir si je respirais encore.

Dans cette situation je me souviens qu'apercevant, sur le c$té de la route, des groupes d'Espagnols prisonniers, je fus frappé de la menaçante fierté de leur attitude, de leur sombre et féroce physionomie, et des

noirs regards, pleins de haine et de colère, qu'ils osaient encore lancer sur nous !

Le lendemain matin, après avoir laissé près de moi l'un de ses chirurgiens, l'Empereur, remonté à cheval, s'acheminait avec Berthier sur la route de Madrid , lorsque, appelant Larrey, chirurgien en chef : ce Vous « avez vu Ségur, lui demanda-t-il , me répondez- « \ous de sa vie? » Sur sa réponse négative , après quelques interpellations à Duroc et à Berthier, il se retourna vers les officiers qui le suivaient : « Sait-on, leur « dit-il, où et comment Ségur a été blessé? Serait-ce « en portant quelque ordre ?» Or nul ne pouvait répondre, car Walther n'était point là ; mais Pire, comme un Breton qu'il était , très-hardi en tout et partout , aussi surpris de cette question que, depuis, je le fus moimême, poussa son cheval en avant. « Eh! Sire, réponse dit-il, c'est en chargeant, par votre ordre, en tête de « l'escadron polonais de service près de votre per- « sonne l Je l'ai entendu et vu ! » Ici le générai Montbrun, célèbre depuis, ajouta plusieurs mots si honorables , que ce n'est point à moi de les réproduire. Ywan aussi rapporta quelques-unes de mes paroles. L'Empereur alors, m'ont-ils dit, demeura pensif , et depuis il se fit chaque jour, par Ywan, apporter mon bulletin.

Pourtant, dans celui de la bataille et dans les suivants, tout en m'honorant par le soin de donner publiquement de mes nouvelles, et en annonçant qu'il m'avait nommé colonel, il crut devoir confondre , en un seul mouvement de charge, la plupart des détails décrits plus haut. Mais on verra aussi, pour ce qui m'est

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