CHAPITRE XI
heures, d'abord dans une maison isolée, puis à Villa* Castin, et enfin à Tordesillas.
Là un second incident, plus malencontreux que le premier, devait achever de favoriser la fuite de l'armée anglaise. Elle ne pressentait pas encore son danger; elle avait même entrepris contre Soult , de Salamanqûe, par delà Valderas et au travers de Tordesillas, à Benavente, un mouvement plutôt agressif que rétrograde. De son côté l'Empereur, forcé de s'arrêter à Tordesillas , et incertain sur la position de l'ennemi , venait d'envoyer aux nouvelles, en avant de lui, sur deux directions, les généraux Colbert et Durosnel.
Tous deux, avec leur intelligence de la guerre, atteignirent bientôt leur but : Colbert à droite, sur Valderas et Sahagun , où il crut: voir encore le général Moore et son armée. Ils y étaient en effet; mais, trop bien avertis , ces Anglais, en ce moment même, en partaient à son insu. Au même instant Durosnel, plus heureusement dirigé, après un écart inutile trop à gauche vers Zamora, s'était rabattu sur Benavente, par où l'avant-garde anglaise, en marche nocturne, commençait à s'écouler. L'obscurité était si profonde,.nue cet aide de camp de l'Empereur put, sans être reconnu, se mêler à leur colonne, les compter et s'en retirer. Puis il les fit charger par sa faible escorte, qui malheureusement ne leur prit qu'une vivandière. Encore cette femme se mit-elle à crier si fort, en se débattant, que, jugeant d'ailleurs inutile d'amener un témoin aussi insignifiant à Napoléon , il se décida à la relâcher.
Ces deux rapports arrivèrent simultanément à
aM LIVRE VINGT-TROISIÈME.
l'Empereur dans Tordesillas. Us étaient contradictoires. Celui de Colbert, malheureusement, lui parut le plus digne de confiance, peut-être parce qu'il convenait mieux à son espoir ; en sorte que, au lieu de pousser droit sur Benavente, par la grande route , sur la fuite de l'ennemi qu'il aurait coupée , il se détourna à droite, au travers d'une boue profonde, pour aller combattre le général Moore à Valderas , d'où il était parti depuis près de quarante heures 1
Ce fut à cette méprise, ajoutée à l'intempérie de la saison, que les Anglais durent le salut des deux tiers de leur armée. On sait que le maréchal Soult, en les poursuivant sur La Corogne, où il tua leur général et les força de se rembarquer, ne put leur en arracher que l'autre tiers. C'est eticore à Terreur qui entraîna à cette fausse marche de Valderas, qu'il faut attribuer la perte d'un plus grand nombre qu'on ne l'a dit, de chasseurs à cheval delà vieille Garde, tués, blessés, ou pris avec leur général. Ils avaient été aventurés au delà de l'Esla , au milieu de l'armée ennemie, qu'on croyait ailleurs. Ce double incident fut pour l'Empereur un cruel désappointement ; il ne le cacha point à Durosnel. Il s'en prenait aux apparences qui l'avaient trompé , et peut-être à cette disposition des hommes longtemps heureux, qui l'avait porté à croire ce qu'il désirait le plus.
Pourtant, ne se décourageant point encore, il s'était acharné, par Benavente jusqu'à Astorga, sur les traces des Anglais. Il parcourait cette route au grand galop, au travers d'une neige épaisse, lorsqu'un courrier, arrivant de France, l'atteignit. Il lui apportait de nou-