‹ Histoire et mémoiresChapitre 173 sur 266 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

L'Empereur arriva presque seul à Paris le a3 janvier 1809. Ce retour inopiné mit fin aux inquiétudes des uns, aux intrigues des autres surtout; quant à <œlles-ci, voici comment :

Déjà, dès Valladolid, son mécontentement, à de certaines nouvelles venues de Paris, avait éclaté. On s'était aperçu de son irritation, à une dernière revue où d'abord, l'un de nos généraux compromis à Baylen ayant osé se présenter, il l'avait violemment apostrophé : « Retirez-vous , Monsieur, lui avait-il dit , puis- « que votre main ne s'est point séchée avant d'avoir « signé une capitulation aussi infâme! » Paroles, que maintes fois , au reste , et à propos de cette catastrophe, on l'avait entendu déjà prononcer!

Mais après cette sortie, une autre, qu'on s'expliqua moins, avait eq lieu. Celle-ci s'était adressée à Dorsenne et, collectivement en lui, aux grenadiers de la vieille Garde présents sous les armes. Dorsenne était de leurs chefs le plus brave et le plus dévoué; fier

Ilî LIVRE VINGT-QUATRIÈME.

de ses avantages extérieurs il se faisait remarquer par sa recherche dans sa tenue et sa parure militaires, a On « dit que vous murmurez , s'était écrié Napoléon ; ce que vous voulez retourner à Paris, à vos maîtresses; « mais détrompez-vous. Je vous retiendrai sous les <x armes jusqu'à quatre-vingts ans! Vous êtes né au « bivouac, et vous y mourrez ! » Dure apostrophe , mais peu étrange pour des hommes d'action, faits aux paroles comme aux situations violentes. Elle répondait bien plutôt aux propre de la capitale contre la guerre d'Espagne, qu'à ces murmures si habituels à nos soldats dans leurs longues marches ; soulagements à leurs fatigues, dont souvent leurs officiers eux-mêmes ne s'abstiennent pas, et dont personne ne tient compte ; car, dans ces rudes journées, qui de nous pourrait tenir vingt-quatre heures en tête d'une colonne de soldats français, s'il s'embarrassait de tout ce que derrière lui l'on ose dire?

Dans Paris ce fut bien autre chose encore. L'Empereur avait été instruit de plusieurs propos hostiles de Talleyrand, et d'un rapprochement de ce diplomate avec Fouché, dont il se défiait toujours. • Il s'en était inquiété. Il vit que, la confiance dans sa fortune étant ébranlée, on s'était arrangé en conséquence. On sait qu'avec Fouché l'orage fut rude ; mais, soit que Napoléon s'attendit à tout de ce ministre, ou qu'il le crût encore utile, il ne se décida point cette fois à s'en séparer. Quant à Talleyrand, je tiens de témoins irrécusables , encore tout émus de ce qu'ils venaient de voir et d'entendre, que, en plein Conseil, il le démasqua ; il lui reprocha la perfidie de son nouveau langage « de-

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