‹ Histoire et mémoiresChapitre 174 sur 266 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

ce puis, lui dit-il, qu'il s'était imaginé de douter de son « étoile! lui demandant, comment il osait se dire a étranger à la mort du Duc d'Enghien et à la dé- « chéance des Bourbons d'Espagne, quand c'était lui, « lui Talleyrand, qui les lui avait conseillés de vive « voix, et par écrit même! » L'un de ces témoins ajoutait, que, pendant cette longue et foudroyante explosion de colère méprisante et de gestes menaçants, ce qui l'avait frappé le plus avait été l'attitude et la physionomie muettes, et dédaigneusement impassibles, de Talleyrand, debout, et accoudé contre la cheminée de la salle de ce Conseil.

Tel fut son maintien devant l'Empereur. Mais, s'il lui convint de s'imposer cette contrainte, il s'en dédommagea amplement aussitôt après. Je tiens d'autres témoins, que ce personnage sortit alors du Palais , toujours calme en apparence, le sourire sur' les lèvres, affectant même de prononcer quelques mots indifférents, et qu'il se fit conduire chez une dame de sa société intime ; mais que là , les portes du salon à peine refermées sur lui, débondant enfin, et sa colère s'étant fait jour par un impétueux torrent des plus étranges jurements et imprécations contre l'Empereur, il lui voua une éternelle haine et la plus implacable des vengeances !

Le surlendemain cependant , soit calcul de cette haine, ou que, dans l'intervalle, sa destitution de la place de Grand Chambellan donnée à Montesquiou , l'eût fait rentrer dans la prudence et la dissimulation de son caractère; soit aussi qu'il crût, en persistant dans une apparente insouciance, infirmer les inculpations

dont on le chargeait , on le vit reparaître en pleine Cour devant Napoléon , avec la même impassibilité que l'avant-veille : soumission qui fut froidement reçue, mais qu'on ne jugea point à propos de repousser.

Une semblable irritation, provoquée dè$ Valladolid par d'autres rapports de police sur quelques salons de la capitale , décida l'Empereur à réduire les frondeurs au silence, ou à les entraîner de force dans sa cause, en arrachant à plusieurs des familles royalistes qui les composaient, leurs enfants adultes. Il les contraignit d'accepter des grades militaires, allégeant par ces faveurs imposées cet abus de pouvoir, maïs sans prétendre nullement le déguiser.

Un fait à remarquer, c'est qu'alors et depuis, car il recommença, son attente, quant à la plupart de ces jeunes gens , ne fut point trompée. S'ils partirent en détestant jusqu'à sa gloire, ils revinrent ses partisans dévoués : soit activité de l'âge satisfaite , soit orgueil de dangers courus, et d'avoir partagé cette gloire par eux maudite lorsqu'ils y étaient étrangers.

Quant à ses affaires extérieures, plus maître de lui, l'Empereur, dans ses négociations, dans ses préparatifs guerriers pour les soutenir, se montra tout à la fois pacifique et menaçant. En même temps il redoubla de séductions avec l'Empereur russe déjà refroidi; il conseilla même au Divan de lui abandonner les bouches du Danube, ce qui rejeta cet Empire dans l'alliance de l'Autriche et de l'Angleterre ; ce fut ainsi , malgré les quatre guerres qu'Alexandre avait alors à soutenir contre la Perse , la Suède, Londres et la Turquie , qu'il réussit à le retenir dans son alliance oflen-

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