CHAPITRE I
nant sa volonté, lui fit perdre ce triple avantage.
C'est que dans cette armée, outre le généralissime, il y avait un Conseil et tout ce qui en résulte nécessairement : c'est-à-dire, au lieu d'un plan décidé et d'ordres précis, des discussions; en sorte que, au lieu de prévenir, de surprendre et d'attaquer, du fort au faible, un ennemi désuni , le temps qu'on avait pour soi, on le laissa passer au parti contraire, qui savait si bien en profiter !
On a vu que le point de rassemblement et de départ, d'abord choisi par l'Archiduc, avait été la rive gauche du Danube et la Bohême, d'où l'on se serait élancé par la Franconie ; à quoi l'un de ses chefs d'état-major avait opposé, comme point de départ aussi offensif et moins chanceux , l'attaque par la haute Autriche et la Bavière, sur l'autre rive du grand fleuve. Au milieu de cette hésitation , nos premiers mouvements de concentration forcèrent la balance à s'incliner vers ce dernier plan. Il en résulta, comme dans tous ces conflits d'opinions, qu'un parti mixte prévalut. En conséquence cette invasion toute prête, en une masse, sur la rive gauche du Danube, on la partage : un tiers, sous deux lieutenants, agira seul de ce côté ; quant aux deux autres tiers, ils perdent quinze jours à passer sur la rive droite, par un long détour, pour déboucher par Linn, comme en i8o5, sur la Bavière.
Cette faute donna le temps à Davout d'atteindre Ratisbonne sur la rive gauche, où , se voyant isolé et même attaqué, il se détourna à droite, pour gagner Ingolstadt et se rallier à Masséna, à Lannes et à nos Allemands. Il y arrivait quand Berthier, envoyé pour opé-
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rer cette réunion, faillit tout perdre. Il méconnut l'esprit de ses instructions, et sa position dont il ne comprit pas le danger. Demeuré derrière le Lech il s'était senti attaqué, à la fois, sur User et sur le Danube; et, portant la main partout où il se sentait frappé , il poussa à droite Lefebvre et les Bavarois sur Landshutt, retint Masséna à Âugsbourg, et ordonna à Davout de retourner à Ratisbonne, par la rive gauche du Danube.
C'était, au lieu de tout réunir, tout disséminer ! C'était mettre le grand fleuve et trente lieues entre nos deux corps français ; donner le temps à l'Archiduc, déjà maître de l'Iser, de s'interposer entre eux ; c'était enfin renvoyer Davout avec quarante-cinq mille hommes, se faire envelopper par cent soixante et quinze mille Autrichiens , sur les deux rives du Danube !
Cette faute était plus grave encore que celle de l'Archiduc Charles; elle la réparait! Mais l'Archiduc, à son tour, en commit une autre. 11 fut trop lent à profiter du temps que la faute de Berthier lui avait rendu. Or, pendant qu'il met six jours, au lieu de trois, à envahir le court intervalle de l'Inn à l'Iser, et que ses deux lieutenants, qui débouchaient en même temps de la Bohême , l'ont imité , des relais de poste , des estafettes et une ligne télégraphique, établis, de la Bavière à Paris, par l'Empereur, l'avertissent à temps de l'invasion. Le quatrième jour, après en avoir reçu l'avis, il arrive à Donawerth. Mais, quand il demande son armée, il apprend que Davout, renvoyé dans Ratisbonne, y est perdu au milieu de l'ennemi; que déjà, du sud et du nord-est, et parles deux rives du fleuve, cent mille Autrichiens s'avancent sur ce maréchal et