CHAPITRE IV. ZZ
fussent blessés à mort, et un troisième démonté.
Le Roi, cependant, s'obstina : il tint tête à sa mauvaise fortune. Son général en chef, ses lieutenants étaient abattus; son infanterie étonnée s'arrêtait; il appela l'élite de sa cavalerie sous le Prince Guillaume. Cette fois, Gudin vainqueur, mais à moitié détruit, allait succomber, lorsque, à sa gauche, la division Morand guidée par Davout accourut, forma ses carrés et repoussa ce troisième effort de Frédéric. On vit là toutes les charges, vainement redoublées, de cette cavalerie si renommée, expirer successivement sous les feux croisés de Morand et devant ses baïonnettes. La même fatalité voulut encore qu'ici le Roi fût démonté, et que le Prince Guillaume fût emporté , blessé , du champ de bataille !
Davout sut aussitôt s'y rendre inexpugnable, en couronnant d'infanterie et d'artillerie le Sonnenberg. Puis, ardent à l'attaque autant qu'opiniâtre à se défendre, en même temps qu'il s'assurait du terrain conquis, il lança en avant sur Rehausen ses deux divisions victorieuses.
De son côté, pour la quatrième fois, le Roi, déjà réduit à sa réserve, rendit attaque pour attaque. Mais, de la position dominante qu'il venait de prendre à sa gauche, Davout déchirait de son artillerie le flanc droit de l'ennemi; Friand en faisait autant contre le flanc gauche, en sorte que Gudin et Morand purent vaincre en face ce dernier effort de Frédéric. Là encore, et par un sort toujours aussi funeste aux Prussiens, un coup mortel frappa leur vieux et célèbre Mollendorf!
Frédéric alors s'arrêta. Rehausen venait de lui être arraché ; tous ses corps étaient battus, rebutés et en désordre; ses deux frères, et la plupart de ses lieutenants, étaient tués ou blessés ; sa cavalerie fuyait à sa droite et à sa gauche; il était cinq heures du soir; le malheureux Roi, refoulé jusque dans son quartier général de la veille, se résigna. Tandis que, à cette heure-là , l'Empereur ne se doutait pas de la plus grande moitié de sa victoire, lui ignorait la moitié de son infortune, et dans l'instant même où nous nous emparions de Weymar, ce fut Weymar qu'il donna pour point de ralliement à sa défaite!
Mais dans cette journée, au milieu d'une lutte si inégale, et quoiqu'il eût été forcé de se réfugier, à plusieurs reprises, au milieu de ses carrés, Davout, qui n'oublia rien et qui fit tout à propos, n'avait pas songé seulement à vaincre en face, un contre trois, il s'était préparé à profiter de la victoire. En même temps qu'il avait tout fait pour elle au centre et à sa gauche, sa droite, sous Friand, poussée en avant jusqu'à Eckartsberg, avait débordé la gauche du Roi; elle le rabattait sur l'Empereur et le séparait de l'Elbe et de sa retraite l Ce dernier mouvement compléta, couronna son œuvre. Le Roi fut rejeté dans cette plaine d'Iéna et de Weymar où, dans ce moment, Napoléon de son côté triomphait.
Ici l'aile gauche d'Hohenloe et les débris du Roi se rencontrèrent. Où fuir? Les Français victorieux se montraient partout : Davout à l'est, Bernadotte enfin au sud, l'Empereur à l'ouest; Weymar même, le lieu désigné pour la retraite, était envahi ! Un seul inter-