CHAPITRE II
Dans ce premier acte de cette campagne quelques incidents méritent d'être remarqués. D'abord cette
course si rapide de Paris à Donawerth , et qu'alors les anxiétés dont le cœur de Napoléon était rempli n'aient point suspendu en lui cet instinct de généreuse bonté dont on a déjà rappelé des preuves. A la fin de ce voyage , Vers Dilligen , arrêté quelques instants chez un officier forestier de Wurtemberg, et touché des efforts de son hôte pour le bien recevoir, il oublie sa fatigue de corps et d'esprit; il suspend ses préoccupations pour s'informer, avec détails, des intérêts privés de ce père de famille ; et, découvrant que la modicité de sa fortune s'opposait à un mariage désiré, il rend le bonheur à ce bon père en dotant sa fiUe!
J'ai dit l'explosion, dès son arrivée à Donawerth, de sa colère contre Berthier; et avec Monthyon, cette exclamation qui montre sa promptitude à changer en moyen l'obstacle, à le retourner contre l'ennemi, à concevoir, d'un seul jet, tout le plan de cette campagne qu'aussitôt il accomplit. Le soir du premier jour de cette guerre , vers Âbensberg, comme il parcourait les rangs des Bavarois , les voyant commandés par leur Princf héréditaire : a C'est bien! Prince royal, lui « dit-il en le frappant sur l'épaule; voilà comme il « faut être Roi ! Autrement , si vous restiez chez vous , « chacun des vôtres en ferait autant; et alors, adieu « l'État, adieu la gloire! »
Dans la seconde journée on a remarqué sa harangue aux Bavarois , sa confiance à se livrer à ces* étrangers , à leur cavalerie qui lui sert de Garde, et l'intrépide dévouement qu'il leur inspire.
Dans la troisième , quand il précipitait le général
Mouton et ses soldats , au travers de Landshutt , pour changer en déroute Ja fuite de l'aile gauche autrichienne , un aide de camp de Berthier vint annoncer que l'ennemi paraissait en force sur les hauteurs, en arrière et au nord de cette attaque. L'Empereur se crut d'abord surpris et assailli , à son tour, par un mouvement hardi du Prince Charles; mais sans s'émouvoir : « Cela est bien , dit-il , c'est un beau mouce vement! Il fait honneur à l'Archiduc! » Puis, s'arrétant , il donna promptement l'ordre aux uns d'aller reconnaître \ aux autres de se déployer et de faire face à cette attaque. On s'aperçoit alors que l'aide de camp avait pris nos propres troupes pour celles de l'ennemi; et l'Empereur, furieux de cette méprise qui lui fit perdre trois heures précieuses et un succès plus complet , se retourne vers Landshutt, dont il s? empare.
Dans la Quatrième journée , celle d'EckmûhJ , après trois nuits et trois jours, presque sans repos, convaincu que ses premières prévisions de Donawerth se réalisent ; excité par le péril de Davout qu'il a déjà fait renforcer, et par l'espoir, malgré la perte de Ratisbonne qu'il vient d'apprendre, de culbuter l'Archiduc dans le Danube , il se montre encore plus actif que la veille. C'est lui qui , longtemps avant le jour, a mis en mouvement toutes ses colonnes. Il pousse Bessières au sud, par delà User, à la poursuite des vaincus des jours précédents; -et tout à l'opposé il entraîne, droit au nord, Lannes,Masséna et notre grosse cavalerie, sur Eckmuhl et Ratisbonne , vers le fond de ce repli du Danube , où depuis trois jours la présence de Davout semble avoir paralysé les deux tiers des forces autri-