CHAPITRE II
chiennes et leur généralissime. D'autres divisions , qui accourent sur nos derrières , ont eu Tordre de se porter sur Eckmùhl ou Landshutt , selon les chances du combat de ce grand jour. Dès ses premiers rayons, à la vivacité de la conception il ajoute celle de l'exécution ; c'est lui-même encore, qui le premier, en tête et à toute bride, devançant tout, et entraînant après lui ses maréchaux, arrive en présence! C'est d'abord sur la chaussée d'Eckmûhl , où ne l'a point arrêté la mitraille autrichienne ; c'est , aussitôt après , sur les hauteurs à gauche de cette route , que , s'annonçant à' Davout , il a mis lui-même en batterie ses premières pièces, malgré les prières, les injonctions même de nos canonniers, inquiets du danger auquel il s'expose!
Pendant ce combat le village d'Eckmûhl , obstinément défendu, est enfin emporté par Lannes; et Napoléon, qui le rejoint en ce moment, lui reproche gaiement « le temps que lui a coûté cette bicoque* « Je n'ai point, dit-il, reconnu là ton élan rapide « et irrésistible! — Ah! répond le maréchal en « essuyant son front baigné d'une sueur martiale, c'est « qu'elle était farcie d'infanterie qui tenait là comme a teigne! Aussi m'en a-t-il coûté le général Cervoni « qui vient d'être tué! — Pauvre Cervoni! reprend a l'Empereur. C'est qu'aussi il y avait trop longce temps qu'il n'avait revu les boulets ; ils ne l'auront « plus reconnu! »
La nuit venue , quand le corps de Masséna arrive enfin , sa victoire assurée , il en tire aussitôt tous les résultats possibles , en dirigeant ce maréchal en avant à sa droite , sur Straubing et Passau , pour y garder le
Danube, et s'interposer entre l'Archiduc et son aile gauche , rejetée sur l'Jnn.
Dans la cinquième journée , debout encore avant le soleil , toujours sans secrétaire, sans gardes, tantôt sur ses chevaux qu'il épuise, tantôt sur ceux du Roi de Bavière ; ayant à peine dormi depuis tant de jours, et parfois sans autre oreiller que le sac de ses soldats, on l'a vu , toujours aussi ardent , ranimer de sa voix et de son exemple toutes les forces épuisées. Il achève de culbuter l'Archiduc au fond du repli du fleuve, dans Ratisbonne ; et , quand ce Prince lui échappe par ce passage , lui-même encore , plaçant le premier de nos canons qui en attaque les portes , le fait pointer par le général d artillerie Lauriston , son aide de camp!
Quelques instants après, ayant renvoyé son escorte, et s'étant avancé presque seul et à pied avec le maréchal Lannes, il venait d'examiner les murs et les clochers de cette ville couverts de tirailleurs autrichiens, et il en avait ordonné l'assaut, lorsque, se retournant pour appeler Berthier, une balle lui frappa le gros orteil du pied gauche ! Cette blessure , ou plutôt cette contusion , était la première qu'il eût reçue depuis Toulon ! La douleur fut vive. Il fallut que, sur place, Ywan lui ouvrît sa botte, son pied étant trop enflé par la fatigue pour en être retiré !
Ce pansement était à peine achevé que, s'aperce vant de l'anxiété de ses soldats accourus par milliers autour de lui, il ordonna de battre le rappel. Puis il se fit remettre promptement en selle , à quoi l'on ne put parvenir que par le côté droit de son cheval ; et il cou-