CHAPITRE III
de ces Mémoires, c'est que, plus lui-même sentit s'appesantir ses forces physiques, et s'amoindrir les forces matérielles et morales de ses armées , plus il crut devoir, dans ses ordres à leurs chefs , exagérer ses exigences et multiplier ses excitations.
Le lendemain , revenu sur le lieu même de ce carnage , il en accusa les promoteurs de cette cinquième coalition , leur imputant tous les malheurs réunis dans ce cruel spectacle , « dont il aurait , dit-il , voulu qu'ils <c fussent témoins! » Pourtant il ne put, sans doute, se dissimuler que la cause indirecte de cette guerre était l'envahissement de la Péninsule Ibérienne , tant les fautes sont fécondes! Mais il n'était plus temps de se repentir; il fallait poursuivre, et ne plus songer qu'à se rendre de plus en plus redoutable , pour s'être cru trop redouté.
Aussi, et quelle qu'ait été son affliction la nuit précédente, le revit-on, le jour suivant, tout entier au soin de tirer de ce douloureux succès tous les résultats possibles. Bientôt encore , dans ce même mois , on le Verra s'exposer lui-même , avec son armée et sa fortune , à des pertes bien plus cruelles : se laissant trop entraîner à ce jeu terrible des batailles, source? de sa célébrité première, où son génie trouvait le développement de toutes ses forces, et qu'il jouait avec tant de supériorité. Ajoutez l'attrait du risque, le besoin de fortes émotions, communs aux hommes de carrières actives : carrières d'autant plus estimées qu'elles sont plus hasardeuses , les hommes étant tous plus ou moins joueurs, et ne se distinguant que par la grandeur de leurs enjeux.
1*8 LIVRE VJNGT-QUATRIÊME.
Toutefois ce massacre d'Ebersberg ne fut pas sans compensation. La perte de l'ennemi, disait-on, dépassait la nôtre , et ce brusque passage I avait terrifié ; Hiller était rejeté au delà des abords du pont de Mont* hausen sur le Danube, jusqu'à celui de Stem; c'est par ce dernier pont qu'il disparut et s'en fut sur la rive gauche , découvrant ainsi Vienne, que son généralissime fut forcé d'abandonner.
Ce Prince ,♦ trompé par les premiers pas de Davout au delà de Ratisbonne , avait d'abord cru notre armée à sa poursuite. Il perdit trois jours à se concentrer vers Budweiss , où, s'apercevant de son erreur, illaésita s'il préviendrait l'Empereur par Lintz ou par Krems , en avant de Vienne. Il semble aussi qu'il espéra inquiéter et arrêter notre agression , en essayant de faire couper à Lintz, sur nos derrières , notre ligne d'opérations. Vaines imaginations, que firent évanouir h marche rapide et hardie de Napoléon , d'abord sur Ebersberg, puis sur Krems, puis son apparition, dès le 10 mai, sous les murs de Vienne, et enfin la prise de cette, capitale le surlendemain !
Un autre Archiduc et quinze à vingt mille hommes avaient essayé de la défendre; mais une pluie d'obus et surtout une vive attaque de notre aile gauche , entre cette ville et le fleuve, menaçant. de couper la retraite à cette garnison, en avaient décidé la fuite. Ainsi, le 12 mai, un mois juste après son départ de Paris, et vingttrois jours après le premier combat, Napoléon, comme il l'avait dit à Monthyon à Donawerth , était maître de la capitale ennemie, éloignée de trois à quatre cents lieues de la sienne !