CHAPITRE IV
grand avantage moral et matériel , mais aussi un grand embarras. 11 s'agissait d'administrer , de faire vivre , et de contenir soumis ce grand centre de population , en vue d'une armée de cent mille ennemis, accourant en face sur l'autre rive du Danube ! Ajoutez à ce danger l'attente de l'arrivée, sur son flanc opposé , d'une autre armée autrichienne , celle d'Italie , de plus de cinquante mille hommes , que pouvaient rejoindre les corps ennemis chassés du Tyrol. En effet, à la nouvelle du grand coup porté sous Ratisbonne , de toutes parts tout avait changé. L'offensive de cette armée autrichienne d'Italie, victorieuse à Sacile par surprise, s'était transformée d'abord en défensive , puis en retraite. Le Prince Eugène et Macdonald , d'abord ensemble , puis séparés , et auxquels Marmont venant de rillyrie devait se rallier , la poursuivaient. Ds allaient lui arracher quinze à vingt mille hommes, tués ou prisonniers , tandis que Napoléon , pour couvrir Vienne de ce côté, pour rejeter au loin, en Hongrie, la fuite de cette armée et la séparer de l'Archiduc Charles , venait de pousser sa cavalerie vers Neustadt etBruck. D'autre part le maréchal Lefebvre et ses Bavarois , après un glorieux combat, nettoyaient d'Autrichiens tout le Tyrol.
Cependant, ainsi garanti sur son flanc droit, l'Empereur, côtoyé par un ennemi puissant encore, sur le flanc gauche de sa longue ligne d'opérations, n'était maître que d'une seule rive du Danube. Il pouvait même , si l'ennemi passait ce fleuve derrière lui , se voir couper cette ligne de secours et de retraite! Le temps ne devait qu'aggraver une situation aussi périlleuse.
En effet , nos pertes dans les deux premières parties de la campagne, le détachement d'une partie de nos forces , laissées en arrière à la garde du grand fleuve, et l'envoi des Bavarois dans le Tyrol , diminuaient de plus de cinquante mille hommes son armée dans Vienne : elle s'y trouvait réduite à soixante et dix mille combattants. Et pourtant, si Napoléon eût laissé à l'Archiduc Charles le loisir de se reconnaître sur la rive gauche, de se recruter, de se raffermir, et d'y être joint par l'armée autrichienne d'Italie , ce Prince pouvait, d'une part, s'emparer, en arrière de nous, d'un point quelconque de la rive droite , et, d'autre part , étant maître de Presbourg, nous tenir tête et nous arrêter : et cela , au milieu d'un système d'insurrection générale, organisé dans le nord de l'Allemagne; soulèvements excités par tant de maux soufferts , inspirés par l'excentrique envahissement de l'Espagne , par le désastre de Baylen et l'exemple contagieux des Espagnols!
Il est vrai qu'Eugène et Macdonald , avec quarantecinq mille hommes , et Marmont avec douze mille , remontaient vers lui de l'Italie et de la Dalmatie , et qu'en même temps trente-six mille Saxons , Français et Wurtembergeois , sous Vandamme et Berna dotte , gardaient , en la descendant , la rive du Danube : à leur arrivée plus ou moins prochaine la balance des forces pouvait être rétablie. Mais dans la situation générale des esprits et des affaires , si l'Empereur eût attendu ces renforts, il eût changé de rôle; et, d'agressif, de vainqueur qu'il était, il eût été réduit à une dangereuse défensive.