CHAPITRE I
pécher l'Angleterre de lui enlever trois cents vaisseaux marchands , sans satisfaire les passions hostiles de sa Cour et de sa Noblesse, lui avaient attiré la colère et les dédain^ de notre Empereur.
On en était là, quand la mort de Pittet l'avènement <le Fox au ministère avaient fait espérer à Napoléon la paix générale. En effet, dès son premier pas, Fox, bien loin d'imiter son prédécesseur qui soldait des assassins contre le Premier Consul, avait averti l'Empereur d'un attentat médité contre sa personne; il avait ensuite ouvert franchement des négociations avec la France. La Russie elle-même s'y était jointe. On avait revu dans Paris des envoyés Anglais et Russes 1 II semble même que la paix eût alors pu être faite, si deux fois ^Napoléon ne l'eût retardée : d'abord, pour avoir le temps d'établir ses deux frères sur les Trônes de Naples et d'Amsterdam et d'achever sa Confédération du Rhin ; puis, pour attendre l'effet qu'un traité de paix avec la Russie, et qu'Oubril venait de signer, produirait sur l'Angleterre, qui lui disputait la Sicile.
Mais alors, à la fois et de toutes parts, tout avait manqué à Napoléon. Ce traité était revenu sans être ratifié. Fox était mort prématurément. Un ministère hostile l'avait remplacé. Enfin le timide, le pacifique Frédéric s'était transformé subitement en agresseur déterminé : il nous déclarait la guerre !
Voici la cause de cet événement inattendu. Dans les quatre mois qui le précédèrent, Frédéric, mal résigné à notre alliance, déconsidéré , humilié chez lui et au dehors, avait été ébranlé par nos envahissements en Hollande et dans l'Allemagne rhénane et méridio-
nale, Tune devenue un Royaume de famille, l'autre une Confédération sous le Protectorat de Napoléon. Toutefois, comme on avait abandonné à la protection de la Prusse les Princes du nord de cet Empire, Frédéric persévérait dans notre alliance , en dépit de sa conscience et dés passions qui l'environnaient, quand des calomnies de la Cour de Hesse et une dépêche de Luchesini , son ministre en France, lui persuadèrent que Napoléon le sacrifiait à la paix universelle ; qu'il lui reprenait, le Hanovre pour le rendre à l'Angleterre,, ce qui était vrai ; et non-seulement sans compensations, ce qui était faux, mais encore en lui arrachant d'autres possessions, pour en former un troisième
. Trône de famille !
A ces nouvelles arrivées à Berlin les 6 et 9 août r Frédéric, transporté d'indignation, s'écrie qu'il est joué et trahi par Bonaparte. Dès le lendemain 10, sa Cour, sa Noblesse, son armée qu'il avait contenue jusque-là, c'est lui-même qui les excite; il les appelle aux armes ; il repousse les explications de l'Empereur ;
* il en exige une satisfaction éclatante. Napoléon s'y refuse ; étonné d'un si téméraire et si brusque revirement^ ilj'attribua à une coalition nouvelle contre la France. Aussitôt, entraînant la Saxe, Frédéric se hâte ; il précipite, il outre tout, comme ceux qu'un accident imprévu fait sortir de leur caractère. Sans rien attendre, * ni la Suède, ni la Russie, ni l'Espagne peut-être, il court aux armes ; il somme Napoléon de rendre Wesel ; il veut qu'il vide sur-le-champ l'Allemagne entière Il exige enfin qu'il ait répondu à cette injonction impérieuse avant le 8 octobre!