CHAPITRE VI
énergie calme,run de ces hommes, enfin, qui sont l'honneur et la gloire du siècle et du pays qui les enfantent.
Les deux chefs de ces révoltes avortées s'étaient retirés en Bohême près du Prince de Brunswick , quand à la fin d'avril , Schyll , que Brunswick tarda trop à soutenir, s'échappa de Berlin avec huit cents hommes j bientôt recrutés au nombre de plusieurs mille. Ce partisan tenta vainement Wittemberg , puis Magdebourg , puis enfin Stralsund , dont le 21 mai il s'empara. Mais, n'ayant pas su s'y fortifier, le général Gatien, à la tête de nos Hollandais réunis à quinze cents Danois , l'y força et l'y tua, le 2S , la veille même du jour où l'escadre anglaise , entrant en rade , allait donner à sa révolte un appui dangereux et considérable.
Il ne faut pas attribuer l'à-propos de ce succès à la fortune, mais, du côté de Napoléon, à l'heureux choix des hommes, justifié par l'événement, et à l'effet produit par le coup de foudre de Ratisbonne. Cette victoire déconcerta les auteurs de ces premiers germes d'une insurrection près de devenir universelle. D'autre part, chez les révoltés , la cause de leurs revers fut le défaut d'ensemble d'une association déjà passionnée et encore trop faible , en désaccord avec la prudence des Princes qu'elle voulait affranchir, avec la bonne foi de Frédéric, et avec la pudeur hésitante d'Alexandre après un traité récent et les paroles d'Erfurt si compromettantes. Dès lors , et à l'exemple de l'Espagne , les ministres, les généraux, les moindres sujets de ces Princes , les devançaient et prenaient l'initiative. A la guerre offensive des Rois domptés, la guerre des Peuples commençait à succéder.
Ainsi , jusqu'à l'époque d'Essling, jusqu'à la fin de ce troisième acte de cette campagne , toutes les tentatives d'une insurrection générale dans les Alpes, et de la basse Vistule au Rhin, avaient été vaincues ou prévenues; mais, à la nouvelle exagérée d'une défaite de Napoléon le 22 mai, toutes ces haines rentrées dans le fond des cœurs en ressortent plus violentes : l'insurrection du Tyrol recommence , elle gagne jusqu'à Constance; des corps autrichiens s'élancent et soulèvent les bords de l'Elbe ; pendant que, de ce côté vide de Français, ils envahissent la Saxe, qu'ils en chassent le Roi notre allié , l'Angleterre , dont une flotte de trente brûlots vient de détruire à Rochefort quatre de nos vaisseaux, et qui s'empare du reste de nos colonies , annonce au nord de l'Allemagne une descente de quarante mille hommes et de cent canons. En même temps , appelée par les Cours de Rome et de Sicile, elle avait envoyé dans la Méditerranée une autre armée de débarquement, dont elle menaçait Naples , Rome et les Calabres.
Ce fut alors qu'un aide de camp de Clarck vint apprendre à Napoléon , qu'en Portugal une troisième armée anglaise avait débarqué; que Soult, maître d'O porto , aveuglé par ces Anglais , par les Juifs de cette province , et surtout par lui-même , s'était cru , en dépit de sa faible armée et de la guerre qui l'environnait, appelé au trône de sa conquête ; mais qu'aussitôt, surpris par une attaque imprévue de Wellington, il avait été forcé de s'échapper jusqu'en Galice , en abandonnant tout : blessés, malades , bagages , et son matériel entier !