CHAPITRE VI. 36S
À la nouvelle d'une aussi désastreuse retraite et de son inconcevable cause , l'Empereur, alors à Schœn- Jjrûnn et devant ses maréchaux, contint sa colère. 11 déclara « qu'une telle trahison serait digne du dernier <c supplice; mais qu'elle était si absurde, qu'évident « ment Soult n'avait pu en être capable ! » Il n'en pouvait douter cependant, ce qu'il ne dissimula pas dès qu'il fut seul avec l'officier qui lui en avait apporté tous les détails. Une lettre foudroyante, qu?il écrivit à ce maréchal, en est la preuve.. Quant à l'attitude qu'il conserva , elle fut conforme à son incrédulité apparente en présence de ses maréchaux ; à la convenance de les ménager dans un compagnon d'armes renommé par tant de services; à la nécessité de ne point ajouter à tant d'illustres pertes toutes récentes, et aux disgrâces de Dupont et de Talleyrand , une plaie de plus; comme aussi au besoin de se ménager luimême, en ne sévissant pas contre cette folie ambitieuse de son lieutenant , dans cette même Péninsule où il ne pouvait guère ne pas sentir que sa propre ambition l'avait égaré. D'ailleurs le résultat suffisait à punir la faute : l'humiliation que Soult en éprouvait ne parut même que trop dans sa réponse.
Ainsi l'erreur funeste de Bayonne continuait à développer, de toutes parts et sous toutes les formes, son terrible germe. 11 n'y avait point à reculer dans une telle faute, quelque fâcheuses qu'en fussent les suites. Aigri par elles , par son tort même, par la fierté de son caractère, et peut-être enorgueilli par la prise de Vienne , Napoléon , la veille d'Essling , avait dans Rome même redoublé cette faute de Bayonne, persuadé
que partout où il en rencontrerait les fatales conséquences, il lui fallait à tout prix les surmonter. En Espagne , en Autriche , dans l'Allemagne entière, c'était par la guerre ouverte; à Rome, où le Pape, enhardi par nos embarras , résistait ; où le peuple , prêt à la révolte et excité par l'apparition de la flotte anglaise, recourait au poignard , son arme habituelle , ce ne pouvait être , malheureusement , qu'en oubliant une juste reconnaissance , et en employant contre un faible et saint vieillard la plus déplorable des violences I
On verra toutefois que ce qu'elle eut de plus révoltant ne lui doit point être attribué. Biais les Légations envahies, leur réunion au Royaume d'Italie; Rome elle-même , occupée par Miollis et sa division française; les Cardinaux dispersés; le Pape réfugié au Quirinal ; ses revenus , ses protestations, ses courriers, saisis ; une partie de ses troupes embauchée ; l'autre partie, sa Garde elle-même attaquée et désarmée dans son palais au travers de ses portes enfoncées ; le Cardinal Pacca, secrétaire du Saint-Père , menacé d'être enlevé jusque dans ses bras où il s'était réfugié ; déjà toutes ces énormités avaient été commises , et ces dernières mêmes, qu'on pouvait imputera Miollis, n'avaient point été désavouées. C'était alors que, la veille d'Essling , à la nouvelle de la sourde et dangereuse guerre que Rome, placée entre Naplcs et Milan, semblait prête à faire éclater, un décret de Schœnbrûn n avait proclamé, le 1 7 mai , la réunion à l'Empire des États entiers de l'Église et la déchéance du Saint-Père de sa puissance temporelle ! Napoléon la remplaçait par un revenu de deux millions. Il laissait Rome au Pape pour résidence*