CHAPITRE VI
Ces violences contre le Saint-Père , ce décret de Schœnbrûnn après les souvenirs du Sacre et du Concordat, n'étaient déjà que trop déplorables. Quant à l'aggravation cruelle et brutale qui suivit et qu'il regretta, la seule part qu'il y eut est dans son trop de confiance en. Murât et dans Miollis. Elle est aussi , il en faut convenir, dans l'imprudence de ses instructions , lesquelles, au lieu de modérer l'impétuosité irréfléchie de l'un , et la fermeté de l'autre poussée jusqu'à la dureté, les excitèrent. Il craignit trop de n'être point assez obéi; d'où vint qu'il le fut bien au delà de ce qu'il avait voulu lui-même.
Hâtons-nous , en devançant ici l'avenir de quelques semaines , de nous débarrasser de ce douloureux récit. Le xo juin, sur la signification de ce décret, le Pape répondit par une excommunication !
À quoi Miollis , inquiet de sa position périlleuse , secondé par Radet , général de gendarmerie , et autorisé par Murât, répliqua, le 6 juillet, jour de Wagram , par une escalade nocturjaè des murs du Quirinal , par le brisement des fenêtres de l'appartement du Souverain Pontife, et par l'enlèvement et l'emprisonnement sous clef du Saint-Père dans une voiture qui l'emporta en Toscane, d'où la sœur de l'Empereur, effrayée , le fit conduire, avec plus d'égards pourtant, jusqu'à Alexandrie , puis le Prince Borghèse jusque dans Grenoble.
Napoléon fut surpris et mécontept de cette brutalité. Pourtant , comme c'était un fait accompli , une conséquence de l'usurpation des États de l'Église le 2 février 1808, de l'arrestation et de l'expulsion des Car-
dinaux dans la même année, enfin du décret de réunion de Rome à l'Empire le 17 mai 1809, il accepta la responsabilité de cet acte violent; il le confirma même ensuite par l'emprisonnement de Pacca dans Fénestrelle, l'adoucissant toutefois par Tordre du transfèrement du Pape dans Savone, où il voulut qu'il fût traité en Souverain , mais en attendant la réalisation d'un projet dès lors vraisemblablement conçu, celui de l'installation définitive du Chef de la Chrétienté au sein de la France, projet que J événement a jugé> ce qui en rend inutile ici l'appréciation.
C'est ainsi que, après comme avant Essling, et en dépit de ce revers et de tant de haines, Napoléon demeure inflexible. II. persévère même à agrandir le sceptre continental déjà si lourd à porter, que. son génie oppose au génie maritime de l'Empire Britannique. Le danger de sa position ne l'étonné pas. De même que sur le champ de ses batailles, le point décisif choisi, il y concentre tousses efforts, s'en reposant, quant au reste, sur ses ordres et sur ses lieutenants, de même ici il s'inquiète peu de l'Italie qu'il a confiée à Caffarelli, à Murât et à Miollis ; du Tyrol qu'il abandonne à lui-même, sans craindre ses excursions en Souabe et en Bavière ; et enfin de la Bohême, pleine de partisans autrichiens , dont les sorties s'étendent en Saxe et jusqu'à Bayreuth et à Nuremberg. Ce ne sont là pour lui que des accessoires. Une division française dans Augsbourg fortifié, car tout a été prévu*, le Roi de Wurtemberg; un corps d'observation laissé vers Ratisbonne ; Junot et quelques recrues françaises ajou-