‹ Histoire et mémoiresChapitre 206 sur 266 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

matériaux et toutes les ressources du génie français avaient été réunies contre cet obstacle. Napoléon avait hâté cette œuvre par ses excitations, ses trésors, ses propres inventions même et sa présence continuelle. Nos archives conservent les détails infinis de ce grand travail. Ici, le résultat obtenu en un mois , celui de juin, en dira assez. Un large pont fixe et solide sur pilotis, d'environ huit cents mètres , garanti contre la violence flu fleuve par une forte estacade oblique à son cours, fut construit à quarante mètres en amont du pont de bateaux conservé et restauré. A l'estacade protectrice, mais encore insuffisante, les marins de la Garde s'ajoutèrent. Ils veillèrent jour et nuit, et de leurs barques ils ont harponné et détourné les bateaux, moulins et engins , chargés de pierres , que l'ennemi continuait à lancer contre les ponts. Dans Tile elle-même, coupée de plusieurs cours d'eau marécageux, on vit s'élever d'autres ponts et des chaussées éclairées la nuit comme les rues de nos villes. On y construisit des fours, des manutentions et des magasins de munitions de toute nature , qu'on approvisionna pour cent cinquante mille hommes. Quant aux abords de cette lie, ils furent formidablement retranchés et armés de cent neuf pièces de siège, prises dans l'arsenal de Vienne. Leurs feux et ceux d'une flottille devaient balayer la rive gauche , fortifiée et armée par l'Archiduc Charles.

Quant à la descente sur cette rive ennemie , l'Empereur, au lieu d'en marquer encore le passage en amont et vers Aspern, comme avant le dernier combat, en avait choisi la place en aval de l'île, devant

Enzersdorf et au-dessous de celte ville ,' ce qui devait tromper l'Archiduc en tournant sa position retranchée d'Aspern à Essling. Des bacs , pouvant porter chacun trois cents combattants, furent préparés pour jeter en quelques minutes une forte avant-garde, aussitôt suivie de toute l'armée. Celle-ci passera, partie sur ces bacs, et le plus grand nombre simultanément sur quatre ponts, dont trois de bateaux et de radeaux, pouvant être jetés, d'une rive à l'autre, enjeux heures au plus. Le quatrième pont avait été imaginé par Napoléon lui-même : tout d'une pièce, il était compose de bateaux solidement joints ensemble , mais articulés, afin qu'il pût se ployer aux détours du cours d'eau où il avait été construit, avant de déboucher dans le dernier bras du fleuve ; là, une simple conversion , aidée parle cours de l'eau , devait ensuite et en moins d'une demiheure lui faire joindre les deux rives. En même temps des ordres de marche, calculés selon le nombre des troupes et leur arme , selon les distances et les difficultés des chemins, ont été dictés; des instructions précises préparées, et dans l'île, des poteaux indicateurs plantés, marquant à chacun, des corps l'heure et la place où leurs têtes de colonne devront arriver. Enfin, cinq semaines et demie après Essling, quand tout est prêt, lorsque, ayant compté les jours , il a fait détruire en Styrie et maintenir dispersés en Hongrie les corps de l'Archiduc Jean, Napoléon lâche prise sur cescorps à leur insu, et, comptant désormais les heures, tout à coup il appelle Marmont , Davout et Eugène , Oudinot et Bernadotte , sa cavalerie et sa Garde , et rallie tout à Masséna ! C'est ainsi que le 4 juillet il a

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