CHAPITRE VIL
Napoléon avait précédé dans cette île ces divers corps. 11 y était venu camper sous* sa tente près dç Masséna, le ier juillet. Les jours suivants, afin de s'assurer de la présence de l'Archiduc , de sa position , et pour le tromper sur le point de notre attaque, il avait jeté une division sur l'autre rive, vers Aspern, en amont de l'île. Ce simulacre avait suffi pour détourner et fixer sur ce point l'attention du Prince, que notre retraite avait bientôt rassuré. Mais le 4 juillet, pendant que , retiré dans ses positions trop lointaines , il s'endort dans une singulière et trompeuse sécurité , vers neuf heures du soir , de l'extrémité inférieure de l'île et au-dessous d'Enzersdorf , notre avant-garde passe et prend pied sur la rive gauche. Alors , tous nos mouvements préparatoires s'étant accomplis dans la double obscurité de la nuit et des noires et épaisses nuées d'un orage près de crever, l'Empereur donne le signal. Ce 'fut vers minuit que simultanément les deux tempêtes éclatèrent : la nôtre , au fracas de cent neuf canons de siège et de ceux de la flottille, dont les projectiles enflammés couvrirent de fer et de feu la rivé opposée ; celle du ciel , par les sillonnements de mille éclairs et les retentissements d'un tonnerre rou*
lant sans interruption. Tous disent que, pendant près de deux heures, ces feux du ciel et ceux de la terre semblèrent disputer de violence, déchirant les airs et les éclairant de lueurs rapides, auxquelles bientôt l'incendie d'Enzersdorf vint ajouter sa clarté sinistre.
C'était à la faveur de ces flammes, sous cette grêle d'obus et de boulets , et au travers des feux crois» français et autrichiens, que les premiers ponts avaient été jetés. Trois autres suivirent, et aussitôt toutes leurs (êtes furent solidement retranchées et armées. Déjà nos corps d'armée en avaient débouché comme des torrents, emportant, écrasant, ou poussant devant eux l'avant-garde ennemie surprise et insuffisante. Le jour revenu , sous un ciel serein , montra vers cinq heures, aux acclamations d'un enthousiasme universel , l'armée presque entière, l'Empereur en tête, déployée par de là le champ de bataille d'Essling pris à revers. Elle en débordait ainsi et tournait la gauche , et bientôt elle en fit tomber les défenses impuissantes par sa marche progressive jusqu'à G lizendorf et Braittenlée : manœuvre admirable , sans exemple encore , dans une seule nuit , en dépit de la tempête , avec un aussi parfait ensemble, et sur un aussi vaste développement ! Là , et dans de bien plus grandes proportions , ce qui s'était exécuté ailleurs en plusieurs jours : rassemblement d'armées, jetées de ponts, prise de possession d'une autre rive , passage de longs défilés , combat , déploiements, marches de bataille, tout enfin fut accompli simultanément!
Dans ce jour-là même, 5 juillet, avant sept heures du soir, l'Archiduc a élé séparé de l'armée de Hon-