CHAPITRE VII
des progrès , de plus en plus effrayants , de cette formidable aile droite ennemie sur notre flanc gauche et notre retraite, ils le virent distrait et , comme s'il n'eût rien entendu , demeurer silencieux, impassible , et le regard fixé d'un côté tout opposé , sur Neusiedel et sur Davout. Ce ne fut que lorsqu'il aperçut les feux de ce maréchal et de son aile droite victorieuse dépasser la haute tour de ce village , qu'il se retourna vers l'aide de camp. et lui répondit : « L'artillerie de « Boudet est prise? C'est bien ; elle était là pour cela! « Allez, et dites à Masséna que la bataille est gagnée ! » En effet elle allait l'être; mais, pour achever, il fallait un grand effort. Il était environ onze heures lorsque Turenne , officier supérieur attaché à Napoléon , accourt, l'appelle à part, et lui dit à voix basse : que le danger de Masséna redouble , qu'il est à son comble ; qu'Aspern , qu'Essling même sont perdus ; qu'il vient de voir le maréchal acculé jusques à nos ponts sur le Danube , criant au secours ! L'Empereur y courut aussitôt à toute bride. Il vit que, prévenu par cette irruption victorieuse de l'aile droite autrichienne, le succès lointain encore de la sienne et de Davout pourrait être trop tardif. Alors, revenant rapidement au centre, oùfifacdonald, près d'être accablé, appelait à lui sa réserve , il ordonne à Lauriston de se porter en avant, en toute hâte , avec toute l'artillerie bavaroise, celle de notre Garde, et d'arrêter, d'écraser à demi-portée le centre ennemi. C'est en son artillerie surtout qu'il espère, car les rangs de nos bataillons sont pleins d'étrangers et de nos recrues; c'est donc aux boulets et à la mitraille, que rien ne fait hésiter, d$
décider la victoire , à laquelle eussent jadis suffi nos baïonnettes. Le centre autrichien ainsi foudroyé, Macdonald , Bessières , toute notre cavalerie et celle même de la Garde, se précipiteront* Dès lors l'aile droite ennemie , à son tour prise en flanc, en arrière même, sera forcée de lâcher prise sur Masséna; et trop avancée, trop compromise, elle devra succomber entre notre centre et le Danube !
Cet ordre donné, sûr de son exécution par Lauriston , Drouot et d'Aboville, et sûr de son effet, tranquillisé d'ailleurs par les progrès de Davout et de notre aile droite , Napoléon mit pied à terre*, et, ce qui étonnera , mais ce qui est certain , c'est que , appelant Rustan, il fît déployer sa peau d'ours, s'étendit dessus et s'endormit profondément! Ce sommeil durait déjà depuis près de vingt minutes , et commençait à inquiéter, quand il s'éveilla. Ce fut sans surprise, sans empressement de savoir ce qui, pendant cette absence de son esprit , était survenu ; on put même voir, à la direction de son premier regard, et aux ordres qu'il redoubla , qu'il reprenait ou plutôt suivait .sa pensée, comme s'il n'y avait eu rien en elle d'interrompu.
Cependant Lauriston a obéi. Pendant que Masséna lutte contre l'aile droite autrichienne , que Davout victorieux déborde et pousse la gauche de l'Archiduc par deik Neusiedel , et qu'Oudinot attaque Wagram , Lauriston, avec ses canons, est accouru au galop au travers des blés déjà mûrs ; il a déployé , sous le feu dévorant du centre ennemi , les cent pièces d'artillerie de notre réserve , il les a placées à portée de mousquet de l'infanterie autrichienne , qu'aussitôt notre mitraille