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CHAPITRE VI . *8l

arrête et écrase, d'Aderklaa à Sussenbrùnn. Mais dans cette audacieuse manœuvre Lauriston a déjà perdu la moitié de ses artilleurs, et pour les remplacer l'Empereur est forcé de lui envoyer trois cents chasseurs et grenadiers de sa vieille Garde.

C'est alors, que, avec quinze mille hommes de l'armée d'Italie , ses deux ailes en colonne et son centre déployé , Macdonald s9 élançant ressaisit enfin Aderklaa , et que, en dépit d'une canonnade et d'une fusillade meurtrières qui lui renversent des rangs entiers, la tête haute, il pousse en avant sur Sussenbrùnn. Frappé de cet héroïque spectacle : « Qu'il est brave ! » s'écrie Napoléon. Et vraiment ce glorieux élan , qui fut décisif, eût peut-être ôté le temps à l'Archiduc de retirer son aile droite trop aventurée , si Macdonald , bientôt réduit de moitié, et forcé de ployer ses débris en bataillons carrés contre la cavalerie autrichienne , eût été secondé par celle de notre réserve. Mais le Général Guyot seul , avec les chevau-légers polonais et les chasseurs à cheval de notre Garde , le secourut ; le reste s'annula , Macdonald en invoqua vainement l'appui. Cette réserve , dont une partie venait d'être recrutée, était encore tout ébranlée de ses pertes d'Essling; l'autre partie, étant de la Garde , ne croyait devoir ohéir qu'à l'Empereur ; toutes deux d'ailleurs étaient sans ordres , sans chef immédiat, le maréchal Bessières venant d'être atteint par un boulet.

Enfin , renforcé par la jeune Garde et les Bavarois , Macdonald. enlève, avec Sussenbrùnn , cinq mille prisonniers. Vers trois heures , lui et Lauriston avaient vaincu et repoussé le centre ennemi jusqu'à Helmof

et Gerarlsdorf; Masséna avait refoulé jusque vers Jedlersdorf l'aile droite autrichienne, heureuse d'avoir pu se retirer et rentrer en ligne. Quant à Davout, victorieux de l'aile gauche il dominait , jusque vers Bockflûss, le champ de bataille.

Le Prince Charles était rejeté au pied du Bisamberg ; il y fit tête à son infortune et aux dernières charges de notre cavalerie légère , où périt LasalJe , l'un des plus intrépides et habiles chefs de cette arme. Ce Prince sut conserver à sa droite et à son centre Jeur retraite sur la route de Znalm , tandis que sa gauche fuyait vers Nikolsbourg : retraites divergentes , dont le désaccord fut bien plus commandé par la nécessité que par la volonté de l'Archiduc.

Vienne consternée vit ainsi disparaître cette grande armée vaincue , que , depuis près de deux mois , elle apercevait victorieuse et maîtresse de la rive gauche de son fleuve. Napoléon reconnaissant embrassa Macdonald sur le champ même de sa gloire. Il le salua du titre de Maréchal. Il éleva , peu de jours après, au même rang Oudinot et le général Marmont.

Cependant, soit affaiblissement dans la composition de notre armée , privée d'une grande partie de ses vieilles bandes , les unes fatalement engagées au fond de l'Espagne , les autres décimées à Eylau , à Essling , et recrutées à la hâte d'étrangers et de conscrits ; soit aussi résistance d'un ennemi cette fois plus habile , plus tenace , et soutenu par un déploiement d'artillerie jusque-là inusité , les pertes étaient presqu'égales de chaque part : du côté de l'ennemi , trente-six mille tués, blessés, ou prisonniers; du nôtre , vingt-quatre

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