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CHAPITRE VIII

Cette victoire , surchargée d'une responsabilité si étendue , n'avait donc pas été assez décisive. Les nôtres ne montrèrent que trop qu'ils en avaient la conscience quand, au milieu de la nuit suivante , quelquesuns de nos fourrageurs , chassés sur nos bivouacs par des éclaireurs du tardif Archiduc Jean, y jetèrent un désordre déplorable. L'alarme fut si chaude , elle devint si générale, que, réveillé en sursaut dans sa tente, l'Empereur en sortit précipitamment, monta à cheval à demi vêtu, mit sa Garde sous les armes, et réprimanda rudement le Duc de Plaisance, son aide de camp , qui voulait le rassurer. « Monsieur, « lui dit-il, apprenez que trop de sécurité dans la « victoire la compromet, et qu'elle échappe sou- « vent à des mains trop confiantes. »

Un autre symptôme de l'insuffisance de la victoire, c'est que le lendemain on demeura incertain sur la marche de l'Archiduc , tant sa retraite , quoique divisée, se fit d'abord en bon ordre. L'Empereur, à tout hasard , la fit suivre sur les routes de Znaîm et de Nikolsbourg, lui entre deux. Masséna atteignit l'Archiduc sur la première ; il le fit reculer, mais sans l'entamer.

Pendant les trois premiers jours de cette marche, l'Empereur était resté de sa personne à Volkersdorf. Ce fut là qu il confia Vienne au Prince Eugène, avec Tordre d'en faire reconstruire et armer les ponts. Il y appela les Wurtembergeois , redoubla de précautions sur le haut Danube , et frappa les provinces conquises de deux cents millions de contributions.

Le 10 juillet un combat de Marmont devant Znaïm, contre l'aile gauche de l'Archiduc, le rappela aux avant-postes. C'était à Znaïm que de son côté J'Archiduc , avec son centre et sa droite , poursuivi par Masséna, paraissait vouloir rallier toute son armée. Le lendemain 1 1 l'Empereur se hâtait de concentrer Davout, sa Garde et Oudinot sur cette position , lorsque, au milieu d'un combat sanglant où le Prince Charles, déjà entamé de cinq mille hommes , résistait opiniâtrement, l'arrivée du Prince Jean de Liechtenstein, en parlementaire, le fit hésiter.

Depuis Eckmùhl, le dernier de ses grands coups de foudre qui terminaient tout, foroé , par la nouvelle tactique de l'ennemi et par la nouveauté de nos soldats, à couvrir de canons ses bataillons, il voyait ces combats d'artillerie , moins agiles , moins courts que ceux de nos premiers temps à la baïonnette, devenir tout à la fois plus meurtriers et moins décisifs. La mort ne respectait plus ses meilleurs généraux : elle avait frappé naguère le plus illustre de ses lieutenants , son plus ancien compagnon , son ami le plus fidèle ! Il s'apercevait aussi que quelques chefs commençaient à se ménager, soit ambition rassasiée , hésitation à risquer la jouissance de fortunes acquises, et qu'une trop longue con-

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