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CHAPITRE VU

tinuité de périls les rebutât; soit aussi que, moins sur de tant de recrues, on eût perdu cette confiance dans le soldat, indispensable à celle du général. Enfin, parmi ses troupes même d'élite, et jusque sous ses propres yeux, plusieurs de ces déroutes partielles , dont les bulletins ne parlent jamais , l'avaient étonné.

Un autre fait , peu remarquable d'ailleurs et peu connu , avait pu l'ébranler encore. On sait l'héroïsme opiniâtre de Masséna, et que, toujours au plus fort du péril et jamais atteint, on l'eût dit invulnérable. Mille fois déjà on avait été blessé, tué, abattu enfin à la place qu'il occupait un instant auparavant , comme s'il ne l'eût plus protégée de sa présence. A Wagram de rnênfe, dans l'instant le plus critique , lorsque, repoussé jusque sur les ponts , le péril l'avait forcé de monter à cheval, et que, s'y trouvant mal à l'aise, il avait appelé un sergent pour rajuster ses étriers, à peine avait- il relevé sur le pommeau sa jambe souffrante, que, juste à la place d'où il venait de la retirer, un boulet, rasant sa selle, avait emporté ce sous-officier! Le cri de frayeur des témoins , puis de leur étonnement de la fortune du maréchal, avait été entendu de Turenne. Ce colonel, attaché à l'Empereur et qui en était aimé, n'avait pas manqué, le lendemain de la bataille, de lui raconter cet incident, en s'émerveillant d'un bonheur aussi extraordinaire. Mais, loin de l'admirer, Napoléon en avait frémi. Et en effet, après la perte de Saint-Hilaire , de Lasalle et de tant d'autres, après celle surtout du maréchal Lannes, si Davout, si Masséna allaient être frappés encore, quelle victoire,

à de tels prix , ne lui serait pas cent fois plus fatale qu'une défaite!

Ce fut dans. cette disposition d'esprit que, à Fannonce d'une proposition d'armistice, Napoléon appela ses maréchaux et les consulta. Ceux-ci, que le combat animait encore , lui demandèrent une seconde bataille pour le lendemain , Davout surtout. Ce maréchal lui représentait, m'a-t-il dit lui-même : « Que, maître de la « route de Brùnn , il ne lui faudrait que deux heures « pour réunir trente mille hommes sur la gauche et « sur la retraite de l'Archiduc! » Et l'Empereur allait céder, quand, sur la nouvelle que le général de cavalerie Bruyères venait d'être blessé, se décidant : « Vous «•le voyez, s'écria-t-il, la mort plane sur mes gé- « néraux! Et qui sait si, dans deux heures, je n'ap- « prendrai pas que vous-même , vous avez été atteint? « Non , c'est assez de sang versé; j'accepte la suspen- « sion d'armes ! »

La guerre enfin l'avait rebuté ! Quelle que fût sa fermeté , ce sang nouveau de Wagram ravivait en lui l'importun souvenir de la boucherie d'Essling, où vingt-sept mille Autrichiens et dix-sept mille Français avaient jonché le champ de cette défaite; car il ne s'était pas dissimulé ce revers. Et, en vérité, on ne sait pourquoi plusieurs des nôtres s'efforcent encore d'en nier la réalité. Lui-même l'avait avoué, lorsque, le 16 juin , en annonçant au Roi de Bavière la victoire de Raab gagnée par Eugène , il s'était plu à lui écrire : « Je vous fais mon compliment du succès de votre « gendre , plus heureux que moi : il vient de battre « l'ennemi qui m'a battu! »

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