CHAPITRE V11I. tVl
Ace propos, j'ajouterai que peu après, dans une conversation intime , bien loin de se prétendre infailliblement et toujours victorieux, il dit à mon père, en rappelant Saint-Jean d'Acre, l'avant- veille d'Arcole, •et ce revers d'Essling : a Qu'on aurait tort de le sup- « poser invincible , et que plusieurs fois il avait été « vaincu ! »
Au reste, il en a été de même pour sa santé d'ailleurs très-forte , et que, par un aveuglement pareil , on a voulu faire passer, même depuis sa mort, pour avoir été inaltérable. Ce qui est certain , c'est qu'à Schœnbrùnn , peu après ces deux grands efforts d'Essling et de Wagram, et vers la fin de juillet, un mal resté mystérieux l'attaqua subitement. Ses Grands Officiers les plus intimes en ont connu la nature, et ils en ont gardé le secret. Les autres l'ignorent encore; mais l'entière séquestration de l'Empereur pendant huit jours, de mystérieux conciliabules entre Maret, Bertliier >et Duroc, leur évidente anxiété et le prompt appel qu'ils firent de Corvisart et du plus célèbre médecin de Vienne , tout prouve, comme on l'a dit, qu'une alarme sérieuse se répandit dans le quartier Impérial. Les uns crurent que, s'étant laissé entraîner à une distraction passagère au milieu de tant de grands travaux d'esprit et de vives sollicitudes, il fut frappé d'un mal nerveux, ce qui pourtant est resté sans preuves. D'autres attribuèrent cet événement à une attaque de dysurie plus forte que d'habitude : indisposition à laquelle il fut toujours sujet, même en 1796 et 1797, ainsi qu'aux, temps de La Moskowa , comme le déclarent les attestations , écrites de leuç main , que m'en ont laissées
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Ywan son chirurgien et son médecin Mestivier.
Quelque minutieux que soient ces détails , s'il en peut être de tels lorsqu'il s'agit du grand homme auquel tant de destinées étaient attachées , je crois devoir joindre ici, à ces preuves irrécusables , à quelques faits dont je fus témoin , enfin aux confidences que m'ont faites, sur ce sujet, ses secrétaires Fain et Menneval , un témoignage de mon père. Dix-huit mois après cet incident de Schœnbrùnn, au milieu d'un long entretien dans le parc de Saint-Qoud, i'JEmpereur l'ayant quitté pour quelques instants , et cette interruption s' étant singulièrement prolongée, mon père se crut en droit d'en exprimer son inquiétude, d'autant plus que lui-même était sujet à des accidents pareils. Mais Napoléon , habitué à les vaincre par des bains fréquents , lui répondit : « Que dès sa jeunesse « il avait eu des retours , devenus plus fréquents il est « vrai, de cette infirmité, qu'il croyait seulement « nerveuse ; » et il lui recommanda là-dessus le plus grand secret.
Quant au mal dont il fut atteint à Schœnbrùnn , vingt jours environ après son dernier combat contre l'Archiduc, quelle qu'en ait été la nature, il est impossible de ne point l'attribuer à cette même fatigue de tant d'anxiétés et de surexcitations , à ce même chagrin de tant de pertes cruelles qui, le dégoûtant de la guerre, lui firent accepter, à Znalm, le 1 1 juillet , cette suspension d'armes, en dépit de ses maréchaux et de nos soldats eux-mêmes , dont on eut peine à modérer l'acharnement.
Cet armistice lui livra Brûnn, Austerlitz, Presbourg,