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CHAPITRE VIII

inquiète des succès de Poniatowski alors maître de Cracovie et de la Pologne Autrichienne, enfin de l'attente de cette grande descente anglaise , depuis si longtemps annoncée, dans le nord de l'Allemagne.

Cet orage , dont quelques avant-coureurs s'étaient faiblement et tardivement montrés à Stralsund et à Cuxhaven, éclata enfin le Ier août; mais ce ne fut que sur Flessingue, et avec une lenteur timide et inopportune. Ce jour-là et les suivants , notre flotte surprise, notre grand établissement d'Anvers désarmé, cet objet constant de la jalousie anglaise , eussent dû tomber aux mains de Cbatam et de son armée de quarante- quatre mille hommes de débarquement; mais il n'osa mettre le pied sur le continent. Tout se réduisit à la prise de Flessingue, le 16 août; à de misérables hésitations jusqu'au 26, jour où l'expédition, déjà affaiblie par la fièvre de plus d'un tiers, se retira au bruit des pas, lointains encore, de cent mille hommes accourant pour la combattre. Elle laissa dans l'île de Valkeren dix mille hommes, que la fièvre décima, et qui abandonnèrent leur conquête à la nouvelle de la paix de Vienne du 14 octobre.

Cette tardive , cette égoïste et honteuse expédition n'avait donc servi qu'à ranimer en France, contre l'Angleterre , la haine nationale , à dévoiler à l'Empereur, comme on le verra bientôt, ses ennemis secrets, et à achever de décourager la Maison d'Autriche. Jusque-là elle avait repoussé les dures conditions que Napoléon lui imposait. Notre attitude menaçante avait même pu seule lui faire respecter notre ligne d'armistice; mais cette diversion manqué* sur Anvers

l'ayant ébranlée , Napoléon acheva de vaincre sa résistance, d'abord par les procédés les plus séduisants avec les négociateurs militaires autrichiens, que leur Empereur substitua à ses diplomates ; puis en leur accordant la réduction de plus des deux tiers de ses premières prétentions, en même temps qu'il les effrayait du redoutable accroissement de notre armée et de la menace de disloquer l'Empire d'Autriche en trois Royaumes.

Déjà nos bulletins avant Essling avaient dû éveiller sur ce danger l'inquiétude de cette Cour. En ces derniers moments une scène remarquable put Y augmenter. Septembre commençait alors; et Napoléon, impatient de tant de lenteurs, passait en revue ses corps d'armée; il leur prodiguait ses faveurs, telles que dotations, grades, titres et décorations, instituant à leur profit l'Ordre des Trois Toisons, pensionnant les veuves des morts et dotant leurs orphelins. Après l'élévation de Davout, Masséna et Berthier, au rang de Princes d'Eckmûhl, d'Essling et de Wagram, la plupart de ses autres maréchaux: et de ses ministres venaient d'être créés Ducs sous des noms étrangers, en commémoration de nos conquêtes ; beaucoup d'autres avaient été promus Comtes, Barons et Chevaliers, un bon nombre avec dotations héréditaires, ce qu'il convient d'autant plus de rappeler, que, ayant survécu à Napoléon, ces titres ont, dans la société française de nos jours , conservé plus d'influence qu'on ne pense.

C'était ainsi que, dans cette revue menaçante de septembre, l'Empereur achevait par des récompenses d'exciter l'ardeur, lorsque, s'étant arrêté dans Auster-

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