CHAPITRE Vlll
litz, une députation de Moraves y vint lui demander quelqu'allégement à leur misère. « Vous gé- « missez des charges que je vous impose, répon- <c dit-il , mais c'est la guerre! J'y suis obligé par la « mauvaise foi de votre Empereur ! Voilà la seconde « fois qu'il me force de revenir, chez vous, en m'atta- « quant en traître, par derrière, dès qu'il me voit oc- « cupé ailleurs! Si vous souffrez, c'est votre faute! « Que ne choisissez-vous un autre maître ? L'Archiduc a Charles est un soldat, je me fierais à sa loyauté « guerrière ! Mais votre Empereur, il a manqué à tous « les serments qu'il était venu, chez vous, en ce lieu « même, me prodiguer à mon bivouac ! Prenez encore, « si vous le préférez , le Grand-Duc de Wurtzbourg , « je le connais , c'est un -hoifeiête homme, et je me « fierais à sa parole! »
Les témoins disent que, à ces mots, le vieux magistrat Morave, chef de la députation, recula d'un pas, et que, fondant en larmes, il s'écria : « INon Sire, non jamais! ce Plus notre Prince sera malheureux, plus nous lui « resterons fidèles !» a Eh bien donc, reprit brusquece ment l'Empereur, souffrez, et ne vous plaignez a pas! »
Vraisemblablement, et selon son habitude au milieu de ses irritations plus apparentes que réelles., Napoléon avait calculé l'effet de ses paroles : elles concordaient avec les insinuations plus mesurées, mais aussi menaçantes, dont il avait effrayé les négociateurs autrichiens. C'est pourquoi, inquiète de cette irritation croissante, abandonnée d'ailleurs par la Russie, et n'espérant plus de nouvelles concessions , l'Autriche
s' étant enfin résignée , la négociation marcha dès lors rapidement. Bientôt elle ne porta plus que sur les cent millions de contributions de guerre. On en était là le 1 1 octobre , et Napoléon insistait , quand la tentative d'assassinat de Staubs, que Radp eut le bonheur de faire échouer à la parade du i3, la fermeté de l'assassin qui préféra la mort à la grâce offerte s'il se repentait, et des avis de lichtenstein, jusque-là dédaignés, sur des projets d'attentats pareils, contribuèrent à décider l'Empereur à en finir. Les débats des plénipotentiaires s'étaient restreints à la demande d'une réduction de cinquante millions ; on en céda quinze , le négociateur autrichien s'en contenta ; et, le lendemain i4 octobre , le traité de Vienne termina la guerre.
Toutefois l'insurrection du Tyrol survécut à cette paix comme à l'armistice; sa résistance fut plusieurs fois encore victorieuse; elle ne finit qu'en décembre, et moins par l'amas d'hommes qu'on y jeta , que par les neiges qui chassèrent des crêtes les insurgés, et nous les livrèrent. Hoffer, qui en était resté l'âme, enfin saisi , paya dé sa vie la gloire d'une aussi longue résistance.
L'Autriche alors sembla être définitivement soumise. Elle tolérait la destruction des remparts de sa capitale; elle se résignait, après tant d'autres impositions , à quatre-vingt-cinq millions de contributions de guerre; à la suppression de l'Ordre Teutonique;à la réduction de son armée à la moitié de ses cadres; à reconnaître tous les changements présents et à venir qui surviendraient en Italie, en Espagne et en Portugal; à livrer à la Bavière Salzbourg, Braunau, sa