CHAPITRE VIII
frontière de flan enfin. Elle se résignait à nous céder l'Italie, avec ses débouchés maritimes, Trieste, Fiume, Goritz, la Carniole, une part de la Croatie, et à voir, de cet autre côté , nos limites posées jusqu'à quarante lieues de Vienne. Elle cédait de plus à la Russie quatre cent mille Galliciens; à la Saxe, ses enclaves dans ce Royaume, et deux millions de Polonais, ajoutés au Grand-Duché de Varsovie.
Cependant l'Emperei% Russe avait inutilement épuisé ses forces contre les Turcs au delà de la rive droite du Danube, tandis que, en Pologne, après nous avoir mal secondé contre l'Autriche , il s'était refusé à prendre part aux négociations. De. là cette dernière clause du traité de Vienne, si favorable à la renaissance de la nationalité de la Pologne et, dit-on , contraire aux paroles de Tilsitt. Ceci dut exciter l'inquiétude d'Alexandre sur l'avenir réservé à $es propres possessions polonaises et lithuaniennes. On peut donc croire que cette paix renferma l'un des germes de la, guerre de 1 8 1 2 , d'où vint celle de 1 8 1 3, la catastrophe de i8i4> enfin la restauration de l'ancienne intégralité de l'Autriche , et même son agrandissement en Italie, où elle se substitua à nos conquêtes.
Au reste cette lâcheuse disposition d'esprit de notre seul et puissant allié continental avait précédé et la guerre et la paix de Vienne. Avant ce nouvel affranchissement de la Pologne , et ce laborieux abaissement de l'Autriche, pendant que, en Espagne encore, Napoléon, aux prises avec cette hydre aux mille têtes, y commençait l'épuisement de ses forces les plus vives, Alexandre avait déjà recueilli de notre alliance le
plus utile et le plus solide résultat qu'il en avait dû attendre. Au sud, c'était la conquête, quoique disputée encore , de la rive gauche du Danube ; au nord, celle de laFinlandesuedoise.il étaitadvenu de celle-ci, que, dès le i3 mars 1809, Stockholm menacée et révoltée, acceptant la paix au prix de cette mutilation , avait déposé son Roi. Elle l'avait remplacé par le Duc de Sudermanie , Roi vieux et sans postérité , auquel elle avait désigné pour héritier Iç jeune Prince Auguste de Holstein , dont la mort donna bientôt lieu au singulier choix de Bernadotté : élection évidemment faite dans un esprit hostile à la Russie , mais qui devait tourner contre la France.
Ainsi , dès 1809, l'amitié d'un grand homme n'était plus comme à Erfurt, « un bienfait des Dieux! » L'alliance offensive et défensive avec Napoléon ayant porté ses fruits , l'Empereur Russe n'en avait plus calculé que les dangers. C'était pourquoi sa coopération contre l'Autriche venait d'être si insignifiante. Déjà ces deux grands alliés se suspectaient mutuellement : leurs ambitions mécontentes s'observaient ; il n'y avait plus entre eux que des apparences.
Napoléon ajourna cette inquiétude; pressé d'en finir avec l'Autriche, la paix du i4 octobre fut ratifiée le i5 à Schœnbrûnn. Il en partit le même jour pour Passau, où il séjourna, et pour Nymphenbourg, où il reçut, le 22, la nouvelle de l'échange de la ratification, qu'il attendait avec anxiété. Dès le 27, au point du jour, il était à Fontainebleau, après trois mois de guerre, deux mois de négociations armées, et cinq mois et demi d'absence. *
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