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CHAPITRE II

voir régnant comme la plus dévouée et la plus utile. . C'était alors qu'inopinément la descente anglaise avait menacé Anvers. A cette nouvelle, et malgré l'hésitation de Cambacérès, Fouché avait pris sur lui d'appeler aux armes la garde nationale , d'en mobiliser une partie , d'en nommer les officiers, et de pousser Bernadotte à en demander le commandement* Mais Clarck, alors ministre de la guerre, s'était défié de son collègue. Homme d'ordre et d'inclinations aristocratiques, il détestait les antécédents et l'esprit révolutionnaire de Fouché; il en soupçonna les intentions et transmit à Schœnbrûnn ses inquiétudes.

L'Empereur, malgré la distance où il se trouvait d'aussi graves complications , ne prit point l'alarme. De même que sur un champ de bataille il savait distinguer, d'un coup d'œil sûr, les points décisifs: il apprécia chaque danger, il fit à chacun sa part, et sut à la fois parer à tout. Pour faire échouer la descente , il multiplia les ordres nécessaires, ajoutant qu'il suffirait de la maintenir en échec, entassée dans les marais de la Zélande, où la fièvre la décimerait , ce qui arriva. Le Roi de Hollande et Bernadotte lui offrirent de prendre à Anvers le commandement en chef : il refusa son frère , dont il suspectait le zèle, le jugeant d'ailleurs insuffisant; pour Bernadotte , comme cette mission éloignait de Paris ce maréchal, il l'en chargea, mais avec le soin de ne mettre sous ses ordres que des officiers d'une fidélité incorruptible. Quant à l'appel d'abord partiel de la garde nationale, il approuva, il excita même à cette démonstration, qui accroissait l'idée de sa puissance et ses

moyens de recrutement. U avait donc loué d'abord Fouché de cette mesure , quand celui-ci, pour augmenter son importance ayant étendu son appel à toute la France quoique le danger fut passé , s'attira enfin de justes soupçons. L'Empereur ne les lui dissimula pas. Entre autres griefs il désapprouva la précipitation de ce ministre à nommer les officiers à la garde nationale. Toutefois, en cela même, il ne se préoccupa des avis de Clarck que pour Paris. Ce fut là seulement que, plus attentif, il exigea que Fouché rétractât l'un de ses choix, celui de Louis de Girardin, qu'il avait nommé colonel de la garde à cheval de cette ville.

J'étais alors sur pied, et à peu près rétabli de mes blessures, lorsque, le 9 ou 10 septembre, Clarck me fit appeler. « Vous voyez, me dit-il, ce qui se passe. « Fouché vient de lever dans Paris trente mille hom- « mes ! U arme le peuple, des domestiques même. C'est « une levée de 93 qu'il veut avoir sous sa main! U se « prépare à jouer un grand rôle dans des cas prévus, <c tel que celui d'un mal plus grave que l'indisposition « dont l'Empereur vient d'être atteint , ou d'une blés- « sure plus sérieuse que celle de Ratisbonne , ou d'un « revers plus complet que celui d'Essling. Trente « mille hommes armés dans Paris? Mais il y faudrait « une armée jiour nous garder de. cette garde ! Et il « en continue, en dépit dé nous, l'organisation ; il' en « a nommé les officiers, quoiqu'il sache bien que l'Em- « pereur s'eii est réservé le dtoit. Son but est évident, xc c'est une trahison ! Mais je le. surveille. C'est pour- « quoi l'Empereur vient de dominer a,u maréchal Ser-

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